"Eden" : une odyssée exaltante dans les coulisses de la French Touch

"Eden" : une odyssée exaltante dans les coulisses de la French Touch

CINÉMA
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CRITIQUE – Avec "Eden", son quatrième film, la jeune réalisatrice Mia Hansen-Løve nous plonge avec maestria dans le rythme de la French Touch. Et dresse le portrait en ombre et lumière d’un jeune DJ. Magnifique.

Le stroboscope mitrailleur. Les corps ondulant entre les lasers. Le son qui gicle des baffles pour réveiller les âmes insomniaques. Voilà ce qui stimule Paul, un jeune homme des années 1990, témoin de l’effervescence de la scène électronique française. Pour lui, les nuits parisiennes s’apparentent à... un jardin d’Eden. Galvanisé par l’énergie environnante, passionné par le beat, il se lance, gravit les échelons, tutoie bientôt les cieux. Les voyages et les rencontres se succèdent dans un torrent euphorisant. Mais les nuits, comme les carrières, sont souvent courtes. Et Paul regarde bientôt au creux de sa main toutes ces étoiles décrochées perdre de leur brillance.

Une traque épuisante qui nous cueille à l’usure


Pour son quatrième long métrage, Mia Hansen-Løve rend hommage à ces jusqu’au-boutistes du soir qui, entre pertes et éclats, ont contribué à faire de la French Touch une fierté mondiale. Inspirée par la fièvre d’Après mai, réalisé par son conjoint Olivier Assayas, et par l’expérience de son frère Sven (ici co-scénariste), lui-même DJ émérite à la ville, la cinéaste s’attèle à une épopée gorgée de nostalgie. Au-delà de l’auscultation du House Garage, mouvement musical alliant house, funk, disco et soul, Eden éclaire par sa sensibilité toute une génération de rêveurs. Dans un entrelacs d’ellipses narratives et d’excellentes reconstitutions musicales, d'où émergent notamment les Daft Punk, Hansen-Løve suit son héros à la trace. Une traque épuisante qui nous cueille à l’usure, KO et émus.

Sous les traits de Paul, Felix de Givry émeut en observateur du temps qui passe. Cette grosse horloge qui broie les soirées et les danses, les illusions et les espoirs. Et qui nous abandonne à notre sort un beau matin, nous forçant à tout reconsidérer, qu’on soit artiste ou non. Il y a une douleur déchirante dans le regard désabusé du protagoniste, dans ses prises de consciences et dans le choc de sa solitude. Là est d’ailleurs le vrai sujet du récit : ce solipsisme irrespirable auquel sont condamnés ceux qui croyaient être invincibles et aimés. Eden est bel et bien un lieu de délice cinématographique à la musique lancinante et aux fruits amers.
 

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