En salles : "Fuocoammare", documentaire saisissant sur les migrants à Lampedusa

En salles : "Fuocoammare", documentaire saisissant sur les migrants à Lampedusa

A VOIR. "Fuocoammare, par-delà Lampedusa", documentaire puissant de Gianfranco Rosi sur le quotidien des migrants, a été choisi ce lundi pour représenter l'Italie aux prochains Oscars dans la catégorie Meilleur film étranger. Ours d’or au dernier Festival de Berlin.

Ours d'or lors de la 66e édition du festival international du film de Berlin, Fuocoammare est le fruit d'une année passée sur l'île italienne la plus proche des côtes africaines, au contact de ces milliers de migrants débarquant après avoir été secourus en mer dans des conditions catastrophiques. 

Abandonnez vos craintes liminaires. Ne vous fiez pas au sujet qui, par sa densité et son urgence, peut laisser craindre le pire le temps d'un simple documentaire, à savoir la démagogie et le pleurnichage. Ne croyez pas non plus que Gianfranco Rosi cherche à délivrer un sermon moralisateur, un message ou à édifier une thèse. Rien de tout ça. Au contraire, rien n'est fléché dans Fuocoammare, par-delà Lampedusa et c'est sa première vertu. 

Tout d'abord, Gianfranco Rosi a cherché à faire un film sur Lampedusa, cette petite île surexposée médiatiquement depuis quelques années en raison du nombre de migrants qui y arrivent (ou meurent avant d’y accoster) et non axé de manière unilatérale sur les migrants. Un lieu filmé dans sa globalité et non uniquement à travers les tragédies qui s'y déroulent. C'est tout simplement le sort que l’Europe réserve aux migrants.
  

"Je crois que ce film est le témoignage d'une tragédie qui se déroule sous nos yeux", avait déclaré le réalisateur en recevant l'Ours d'or en février dernier. "Nous sommes tous responsables de cette tragédie, peut-être la plus grande que nous ayons vue en Europe depuis l'Holocauste (...) Nous sommes complices si nous ne faisons rien". 

Un sujet universel affronté avec poésie et dureté

Brut et digne, sans voix off ni commentaire, mais avec des images au cadre très composé et à la lumière très travaillé sans s'abîmer dans les coquetteries esthétisantes, Fuocoammare ("mer en feu", titre d'une chanson populaire de l'île) raconte avant tout la vie d'habitants de Lampedusa, qui pour la plupart ne croisent jamais ces réfugiés. Parmi eux, Samuele, un garçon de 12 ans qui aime chasser avec un lance-pierre, sa famille, un pêcheur d'oursins ou encore le médecin Pietro Bartolo, qui porte secours à des migrants à Lampedusa depuis les années 1990. Un héros anonyme du chaos, parmi tant d'autres...
  

En sondant le quotidien de Lampedusa, le cinéaste propose une parabole universelle: l'immigration ne concerne pas que les habitants du lieu, elle concerne tout le monde et réclame une réponse à la fois urgente et collective.
  

Ce documentaire a été choisi ce lundi par l'Italie pour les prochains Oscars dans la catégorie Meilleur film étranger. Pour rappel, l'Italie a remporté l'Oscar du meilleur film étranger une quinzaine de fois, dont la dernière en 2014 avec La grande Bellezza de Paolo Sorrentino.  

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