"Enemy" : un Jake Gyllenhaal peut en cacher un autre

"Enemy" : un Jake Gyllenhaal peut en cacher un autre
CINÉMA

BIZARRE - Après les admirables "Incendies" et "Prisoners", le réalisateur québécois Denis Villeneuve revient en grande forme avec le thriller expérimental "Enemy". Soit l’histoire d’un homme lambda, campé par l’excellent Jake Gyllenhaal, désorienté par sa rencontre avec son sosie.

"Hors de question que je donne au spectateur les clés de l’énigme", prévient Denis Villeneuve de manière amusée. Une mise en garde qui fait référence à son nouveau long métrage Enemy, déroutant puzzle identitaire adapté de la nouvelle L’autre comme moi de José Saramago. "Je suis radicalement tombé amoureux de ce texte parce qu’il explore notamment le thème du subconscient, qui me passionne, explique le cinéaste de 46 ans. Depuis mes débuts, j’appréhende la réalité à travers le cinéma en travaillant sur mes peurs. Et je voulais cette fois collaborer avec un comédien comme dans un laboratoire, creuser, disséquer".

Pour parvenir à ses fins, Villeneuve avoue avoir "forcé la production" à aller vers Jake Gyllenhaal, qu’il a aussi dirigé dans le thriller Prisoners. Ce dernier incarne avec une rare méticulosité un professeur timide, vivant reclus avec sa fiancée (Mélanie Laurent) dans une grande ville. Un équilibre bientôt bousculé par la découverte de son sosie Anthony, un acteur extraverti dont la femme est enceinte. Cette rencontre devient alors le catalyseur des projections les plus folles et plonge le héros dans la tourmente.

Dans la veine de Lynch et Polanski

"Jake est un acteur exceptionnel, se félicite le réalisateur. Il a accepté ce projet casse-gueule au moment où il était un peu blessé par la machine hollywoodienne. Il voulait établir une relation de création basée sur le goût du risque". Pari gagnant pour le comédien qui porte admirablement ce jeu de miroir où dansent les reflets de David Lynch et Roman Polanski. Reposant sur un espace de jeu ludique dont l’épicentre est une mystérieuse araignée, Enemy, comme son nom l’indique, évoque par-dessus tout les traits de l’ennemi intérieur.

"On négocie tous avec des démons un peu puissants", commente l’intéressé. "Je me méfie de mes forces intérieures. L’ennemi en question réveille le subconscient et correspond à cet autre moi qui réagit et rugit face aux émotions fortes. Je parle de l’instant où on perd le contrôle de notre conscient et où on fait des choses qui nous dépassent". Cette auscultation psychanalytique, Denis Villeneuve l’effectue en se jouant de nos perceptions. "Chacun y trouvera sa propre interprétation", conclue-t-il très justement.  

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