Faut-il (ou pas) monter à bord de "Jeunesse" avec Kevin Azaïs ?

Faut-il (ou pas) monter à bord de "Jeunesse" avec Kevin Azaïs ?
CINÉMA

ON HÉSITE - Pour son premier long métrage, inspiré par une oeuvre de Joseph Conrad, Julien Samani a fait appel à Kevin Azaïs, la révélation des "Combattants". Dans "Jeunesse", la valeur montante du cinéma français y incarne un jeune bleu qui sillonne les mers à bord d’un bateau agonisant. LCI a fait le voyage et n’est pas convaincu.

2004. A l’issue d’une projection de son documentaire La peau trouée, unanimement salué aux festivals de Brive et de Belfort, Julien Samani est approché par une parente de Joseph Conrad. Laquelle lui suggère de se pencher sérieusement sur les oeuvres de l’auteur d’Au coeur des ténèbres. Séance tenante, le jeune cinéaste, né en 1973, s’y attèle avec une passion dévorante et tombe en pâmoison devant la nouvelle Jeunesse, tirée du recueil homonyme publié en 1898. 

Pour ceux qui ne l’auraient pas lu, ce récit est conté aux lecteurs par un certain Marlow. Un héros qui se souvient du marin inexpérimenté qu’il était à ses vingt ans et de ce voyage entrepris à bord de la Judée pour acheminer une cargaison de charbon en Asie. Samini a choisi de faire de ce texte romanesque et abstrait le terreau de son premier long métrage. Mais cette fois, le protagoniste a changé de nom : il s’appelle Zico et n’a aucun lien de parenté avec le footballeur brésilien. 

De la réalité à l’onirisme

C’est au port du Havre que ce jeune homme, campé par Kevin Azaïs (César du Meilleur Espoir Masculin pour Les Combattants), embarque dans un rafiot effroyablement craquant. Ses envies d’ailleurs et ses rêves à débordement vont bientôt se heurter à une réalité implacable : la vétusté du matériel, l’atmosphère toxique, l’équipage aussi laconique que fuligineux… Un petit monde aux contours théoriques et obscurs, qui renvoie davantage à une forme de fantasmagorie qu’à une peinture naturaliste.

L’ambition siège justement dans cette volonté de quitter l’école du documentaire pour embrasser, malgré la houle et le roulis, une matière bien plus onirique. Samini parvient ainsi à façonner une ambiance toute particulière -et très littéraire- en prenant soin de distordre les notions de temps et d’espace. Jusqu’à l’abstraction. Et c’est là où le navire heurte hélas l’iceberg. 

A force de s’attarder sur la forme et les symboles, les véritables enjeux restent en effet enfouis au fond de l’eau. Ce Zico-là est d’ailleurs trop esquissé pour que son périple initiatique nous atteigne. A l’instar du scénario, il manque cruellement de chair. Et l’engagement indubitable de Kevin Azaïs n’y change rien.    

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