Faut-il (ou pas) prendre un ticket pour "Eternité" avec Tran Anh Hung ?

CINÉMA
MATCH - LCI ne peut être que d’accord avec Audrey Tautou : "Eternité, soit on aime, soit on déteste". La preuve, nos critiques sont eux-mêmes divisés sur le film de Tran Anh Hung. Travail d’orfèvre ou roman photos ? A vous de choisir.

Pour : Un enchantement visuel et sensoriel – Par Marilyne Letertre

Certes, Eternité n’est pas un film facile, évident, à la mode. A l’heure de la superpuissance des héros Marvel et autres blockbusters dopés aux effets spéciaux, prendre son temps, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, miser sur la poésie des images et une voix off très littéraire sont des paris risqués. Mais laissez-vous surprendre, happer, emporter par cette expérience quasi sensorielle. 


Avec cette histoire de femmes d’une même famille qui, sur plus d’un siècle, connaîtront les joies et les drames de la maternité et de l’amour, le réalisateur de L’odeur de la papaye verte signe une fresque romanesque d’une beauté picturale sidérante. Tel un peintre, Tran Anh Hung a conçu" chaque séquence comme un tableau, habité par trois muses sublimes, trois stars françaises qui jamais ne s’étaient croisées sur un plateau (Audrey Tautou, Mélanie Laurent et Bérénice Béjo). Si le parti pris contemplatif est d’abord déconcertant, s’il ne faut pas nier que l’ennui s’installe ponctuellement, l’onirisme domine.  


Soignée dans les moindres détails, la mise en scène épate, hypnotise, et rappelle, notamment dans le lien ultra-solaire de la mère à l’enfant, certains plans "Malickiens". Ne serait-ce que pour ces séquences, pures invitations au rêve et véritables hommages à la féminité et à la beauté, Eternité mérite que l’on prenne nous aussi notre temps pour apprécier un travail d’orfèvre, aujourd’hui trop rare au cinéma.  


Contre : Un beau livre d’images et puis c’est tout – Jérôme Vermelin

"Qu’est-ce que c’est beau… mais qu’est-ce que c’est chi…". A la sortie d’Eternité, impossible de nier la beauté picturale du nouveau film de Tran Anh Hung. Chaque plan de cette grande fresque familiale semble en effet avoir été pensé avec un souci du détail quasi-maniaque, comme si l’auteur de L’odeur de la papaye verte s’était rêvé grand peintre assis devant son aquarelle.  Sauf qu’aller au cinéma, ce n’est pas aller au musée. Et adapter un roman – ici L’Elégance des veuves, d’Alice Ferney – une entreprise autrement plus délicate qu’illustrer un livre d’art. 


La vie, l’amour, la naissance, la mort… Chaque étape du destin centenaire des personnages est hélas trop prévisible, la faute à une série de choix esthétiques qui tuent l’imprévu et donc l’émotion. Par exemple la voix-off, qui nous explique les sentiments avant même qu’ils naissent sur le visage des comédiens, très appliqués, à défaut de respirer. Ou encore la musique qui enveloppe, englobe et finit par noyer des instants d’intimité qui auraient mérité un silence lourd de sens.  


Au final on se demande à qui s’adresse Eternité. Au grand public alléché par la présence de trois des plus grandes comédiennes françaises du moment ? Au cinéphile averti qui saluera l’envie expérimentale d’un long-métrage inhabituel dans le paysage cinématographique français ? Quelque part entre les deux, Tran Anh Hung semble avoir eu du mal à faire son choix, au risque de décevoir tout le monde… Frustrant.


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