"Fleur de Tonnerre", une empoisonneuse qui perd de son venin sur grand écran

"Fleur de Tonnerre", une empoisonneuse qui perd de son venin sur grand écran

CINÉMA
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ADAPTATION – Tiré du roman de Jean Teulé, "Fleur de Tonnerre" s’inspire de l’histoire vraie d’Hélène Jégado, "serial empoisonneuse" qui a sévi en Bretagne au début du XIXe siècle. Le film de Stéphanie Pillonca souffre d’un manque de rythme et de quelques erreurs de casting, mais il est sauvé par la grande performance de Déborah François.

Jean Teulé l’avoue lui-même : lorsqu’il écrivait son roman Fleur de Tonnerre, il souffrait de mystérieux maux de ventre. Le fantôme d’Hélène Jegado, guillotinée à Rennes en 1852, traverserait-il les siècles pour frapper ceux qui s’en approchent de trop près ? Heureusement, raconte l’écrivain hilare, un proctologue a vite fait de le rassurer, et son roman est devenu un best-seller. 


En l’adaptant, la réalisatrice Stéphanie Pillonca bénéficiait d’un sujet en or, un portrait complexe de femme criminelle, à une époque encore dominée par les superstitions. Hélène Jegado est une petite paysanne bretonne, qui grandit sans amour. Alors qu’elle n’est encore qu’une fillette, elle noue un pacte avec l’Ankou, la personnification de la mort en Bretagne, et empoisonne sa mère honnie avec des graines de belladone. Ce matricide ouvre une longue série de victimes – une soixantaine -, que la jeune fille essaime d’une maison à l’autre où elle est employée comme cuisinière.

Biolay et Miossec sont définitivement des musiciens, pas des acteurs

Un pareil sujet laisse attendre une progression dramatique plus proche d’un thriller que d’un film historique. Hélas, la lenteur un peu maniérée des scènes empêche d’entrer véritablement dans l’histoire. Cette distance est aggravée par deux erreurs de casting, des musiciens de talent qui n’ont aucun talent d’acteur : Benjamin Biolay, totalement inexpressif dans le rôle d’un employeur devenu l’amant d’Hélène, et surtout Miossec, dont l’apparition en abbé gourmand a suscité des rires dans la salle.  


Le rôle principal, le plus difficile et le plus réussi, rappelle qu’être acteur ou actrice ne s’improvise pas. Déborah François a la fibre et la présence d’une grande comédienne. Son interprétation, au bord de la folie, distille le malaise à elle seule, et son visage, qui ne quitte presque jamais l’écran, semble se métamorphoser à chaque plan. Blanche François, la petite fille qui joue son personnage enfant, est tout aussi glaçante : avec elle, la lande et les forêts bretonnes semblent hantés d’un mal qui imprégnait déjà chaque page du remarquable roman de Jean Teulé.

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