Gael García Bernal, la star de "Neruda" : "Le gouvernement d’Obama est celui qui a le plus déporté de l’Histoire"

CINÉMA

INTERVIEW - Dans le biopic "Neruda" de Pablo Larraín, en salles ce mercredi, Gael García Bernal prend les traits d’Óscar Peluchonneau, un inspecteur coriace chargé de mettre le célèbre poète chilien sous les verrous. Un jeu du chat et de la souris entre réalité et fantasme, en pleine année 1948, que l’acteur mexicain évoque avec plaisir pour LCI.

LCI : Quand avez-vous entendu parler pour la première fois de Pablo Neruda ?

Gael Garcia Bernal : C’était au lycée. Vous savez, dans le cursus scolaire des Latinos, il y a toujours un moment où on heurte de plein fouet cet auteur majeur. Les professeurs lancent : "Allez, parlons de Neruda !" Et ça dure au moins deux mois (sourire). C’est dans ce contexte que je suis allé à sa rencontre et que j’ai essayé de saisir la substantifique moelle de ses écrits. Ces moments furent brefs. Le temps est passé et je ne suis plus retourné vers ses livres. Jusqu’à ce film. Retrouver Pablo Larraín, qui m’avait déjà dirigé dans No, était une évidence. Je n’ai pas hésité.

Neruda est un anti-biopic. Il est littéraire et non-linéaire. Est-ce que ça a pesé dans la balance ?

Bien sûr. Je suis toujours épaté par le point de vue que Pablo Larraín adopte pour raconter ses histoires. Dans No, par exemple, le processus démocratique est abordé à travers les yeux d’un publicitaire (que l’acteur incarnait en 2013, ndlr). Ici, on suit les aventures de Pablo Neruda par le prisme du policier que je campe et qui est un personnage antagoniste. Cela peut rappeler, d’une certaine façon, le Amadeus de Milos Forman. 

Le récit se situe en 1948, en plein Guerre Froide, à l’époque où le sénateur Neruda est traqué par le président Videla. C’est là qu’intervient l’opiniâtre homme à qui vous donnez vie. Etiez-vous au fait de ces événements ?

Non, pas du tout. Quand on s’attèle à de pareilles figures, dites bigger-than-life, il est impossible de les capturer dans leur littéralité. Tout comme il est impossible de témoigner exhaustivement à l’écran de la vie de n’importe qui d'autre. Nous sommes très loin du biopic qui fait autorité à Hollywood. Vous ne verrez pas Neruda en bébé dans notre film, ça serait horrible. (rires) L’idée est plutôt de se rapprocher au maximum de l’esprit de créativité et de l’âme de Neruda.

Les Etats-Unis perpétuent une longue histoire faite d’hypocrisie- Gael Garcia Bernal

Le "méchant" que vous incarnez est à la croisée des mythes, de la réalité et des métaphores. Comment le percevez-vous ?

Son comportement le positionne clairement comme un archétype du policier fasciste et nihiliste. Il critique son président avec la même fougue que lorsqu’il s’attaque aux communistes. On a essayé de le travailler, de lui apporter du relief. C’est un enfant "batard", fils d’une prostituée. Il est le récipiendaire naturel de la poésie de Neruda. 

Comment avez-vous vécu la victoire de Donald Trump et tous les discours très durs et stigmatisants qu’il a tenus à l’endroit des mexicains ?

C’est évident, non ? (sa mine change) Emotionnellement, j’ai été détruit pendant plusieurs jours comme beaucoup de gens à travers le monde. Il y a du chemin à faire.

Cela vous a-t-il surpris qu’autant de latinos aient voté pour lui ?

Non, pas du tout. Les Etats-Unis perpétuent une longue histoire faite d’hypocrisie. Certains disent que c’est ce qui a mené ce système en place. (…) Il y a eu beaucoup plus de latinos habilités à voter aux dernières élections qu’à l’époque d’Obama. Vous savez, le gouvernement d’Obama est celui qui a le plus déporté de l’histoire : presque 4 millions d’individus en 8 ans. Raison pour laquelle certains latinos, qui peuvent désormais s’agréger au scrutin, se sont dit que Clinton et Trump sont un peu les mêmes. C’est qui est vrai dans un sens.

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