Gérard Depardieu : "Je sais quand je dépasse les bornes avec les gens que j'aime"

Gérard Depardieu : "Je sais quand je dépasse les bornes avec les gens que j'aime"

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INTERVIEW – Il est ce mercredi à l'affiche de "Valley of Love", drame à la lisière du fantastique de Guillaume Nicloux dans lequel il a Isabelle Huppert pour partenaire. Son métier, le regard du public, sa partenaire Isabelle Huppert... Gérard Depardieu s'est confié à metronews.

On est "chez lui", dans un restaurant où il a investi, quartier Montparnasse, à Paris. "J'ai fait ça pour des gars qui cherchaient du boulot", nous confie Gérard Depardieu devant un café serré. "Comme la poissonnerie. J'ai à peu près 90 employés, je ne les connais pas tous et je n'en tire aucun bénéfice. La seule joie que j'ai, c'est de leur faire plaisir. Le jour où je ne pourrais plus payer, j'arrêterai". Oublié son désamour pour la classe politique française, son amitié avec Poutine et les polémiques faciles. Ce mercredi, c'est le Depardieu acteur qu'on retrouve, épatant en père hanté par son fils disparu dans Valley of Love, le drame de Guillaume Nicloux, présenté en mai dernier à Cannes.

Au Festival de Cannes, vous disiez être un "acteur en retraite". C'est un peu exagéré, non ?
Je n'ai jamais vraiment été acteur. Enfin si, je l'étais au début. Quand j'étais jeune. Lorsque j'étais prétentieux. On croît connaître des choses parce qu'on a lu des textes. Sauf qu'on ne les a pas écrits. On se laisse emporter par les mots comme Christian dans Cyrano. Mais à l'arrivée on reste tout seul avec son long nez. Acteur, je suis tombé là-dedans un peu par hasard. Si j'ai fait ce métier, c'est uniquement pour "parler". Avoir un vocabulaire plus riche que celui que j'avais. Ce vocabulaire, je l'ai trouvé dans la lecture, dans les pièces que j'ai jouées. Les mots, les phrases, la ponctuation deviennent une littérature. La respiration surtout. Ecoutez Duras lorsqu'elle parle. Il y a autre chose que les livres. Le mystère de ses silences nous amène vers une autre poésie !

C'est donc un métier qui vous a "élevé". Intellectuellement, socialement...
Socialement bien sûr puisque c'est un métier où on gagne pas mal d'argent. Du moins avant. L'une des conséquences de ce métier, aussi, c'est que les gens vous regardent un peu comme si on était les personnages. Et moi j'en ai fait beaucoup ! C'est lourd parfois à porter, un peu comme un paquet de casseroles qu'on traîne. On se fait une image de vous... mais souvent ce n'est pas la bonne... Mais ça m'est égal, je suis dans l'instant. Entre le tournage de Valley of Love et maintenant, j'ai changé. Plein de choses ont changé.

Votre filmographie est telle qu'on a l'impression de vous connaître depuis toujours...
(Il soupire) Hier, j'étais dans les montagnes, dans un coin où personne ou presque ne me connaissait. Et là je reviens à Paris et on se jette sur moi... parfois ça me fatigue un peu. Après ça fait plaisir, je peux comprendre que les gens m'associent à tel ou tel film. Sauf que je les oublie pour la plupart. D'abord parce que je les revoie très peu. Ils passent parfois à la télé mais je ne les regarde pas trop. Je préfère les beaux nanars américains avec Bruce Willis, vous voyez ? Les films avec moi, ça me fait chier...

"Isabelle Huppert, je l'ai dépucelée dans Les Valseuses"

Pourtant vous n'appartenez pas à un genre de cinéma particulier. Vous faites des films d'auteurs comme Valley of Love ,comme des comédies populaires...
Oui, c'est vrai. Et c'est ça qui est bien. Non, quand je revois des films c'est parce qu'ils m'évoquent des gens que j'aime et qui ne sont plus là. Comme Marco Ferreri, Maurice Pialat, François Truffaut, Marguerite Duras... Sophia Loren, Marcelo Mastroianni, Jean Carmet... Ce sont ceux qui m'habitent. Il n'y a pas un jour où ils ne sont pas avec moi. D'ailleurs ça m'aide beaucoup. Je pense à eux, aux choses que je n'ai pas pu leur dire sur le moment. Mais je ne suis pas bloqué là-dessus, hein ? Je roule en scooter, je vois un truc, et je me dis 'c'est lui ou elle qui le voit à travers moi'.

Aujourd'hui comment un jeune réalisateur comme Guillaume Nicloux doit-il s'y prendre pour vous séduire ?
Ce qui me séduit en premier, c'est l'histoire. Et celle de Nicloux, elle est extrêmement séduisante ! Il y a une part de fantastique, une part d'humain aussi avec ces gens qui se rendent compte qu'ils n'ont pas fait ce qu'ils auraient dû faire avec leur fils. Ils sont acculés dans cette vallée de la mort, ils sont confrontés à eux-mêmes...

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Vous avez découvert le film à Cannes...
Et je l'ai trouvé très beau. La musique est magnifique et Isabelle est remarquable. Il y avait plein de choses de l'Isabelle du Loulou de Pialat (en 1980 – ndlr) qui traînait dans le film. Sauf que ce n'est plus la même qu'à l'époque. Je rappelle que je l'ai dépucelée dans Les Valseuses. C'était Jacqueline, avec sa petite culotte ! (rires) Aujourd'hui c'est une actrice dont j'admire la façon de travailler, de penser ses rôles...

"Le cinéma, ça ne rend pas les gens voyeurs"

Vous parliez de la voix un peu plus tôt. Mais dans Valley of Love, la confrontation avec Isabelle Huppert est aussi physique. Vous êtes "massif", elle est toute frêle...
C'est une gisante ! (rires). Lorsqu'elle est allongée on ne sait pas si elle vivante ! Maintenant, vous savez, je n'en joue pas plus que ça. On me dit de mettre un costume, je mets le costume. On ne peut pas échapper à ce qu'on est. Je ne suis pas un politique pour essayer de faire croire ce que je ne suis pas. Je ne suis pas très fier de ce corps, mais je vis avec.

Vous montrer nu dans un film, ce n'est pas un problème...
Mais non, mais non ! C'est là... c'est là. Le cinéma, ça ne rend pas les gens voyeurs. Depuis Basic Instinct où on croyait voir la chatte de Sharon Stone, les choses ont quand même changé. Je me rappelle de Sigourney Weaver qui n'osait pas montrer ses seins sur le tournage d'Une femme ou deux de Daniel Vigne (en 1985 - ndlr). Aux Etats-Unis, il y a longtemps eu un puritanisme terrible... Chez nous c'est quand même différent. De Crébillon à Bataille, la littérature érotique, ça a toujours existé. Sans parler de la peinture : Courbet, Fragonard.

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Et si le Depardieu de Valley of Love était un tableau ?
(Il réfléchit). Un tableau de Lucian Freud peut-être ? (rires) Pour le réalisme sans doute...

Quelle est l'idée la plus fausse qu'on se fait sur vous ?
Peut-être qu'on pense que je cherche à provoquer... même si j'ai tout fait pour. Comme pisser dans un avion (sur un Paris-Dublin d'Air France en août 2011 - ndlr). Sauf que tu ne pisses pas dans un avion pour faire un scandale. C'est ça ou ton rein explose ! Et puis une conne (l'hôtesse de l'air – ndlr) s'en mêle et là tout à coup tout le monde en parle. Je fais des conneries, c'est vrai. Mais je sais quand je dépasse les bornes avec les gens que j'aime. C'est difficile de s'arranger avec ses défauts. Il faut essayer de les arrondir. Mais ils seront toujours là. Et moi j'en ai un tas !

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