"Gerontophilia" : et si l'amour n'avait pas d'âge ?

"Gerontophilia" : et si l'amour n'avait pas d'âge ?

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CRITIQUE - Ils ont 18 et 82 ans. Et s'aiment follement. Avec "Gerontophilia", le canadien Bruce LaBruce clame haut et fort que l'amour n'a pas de frontières ni de règles. Même s'il sent un peu la naphtaline...

Avec son visage d'ange, son look streetwear et sa petite amie volubile, Lake, 18 ans, ressemble à n'importe quel jeune homme que l'on pourrait croiser au coin de la rue. A un détail près... Ce dernier est profondément gérontophile. Il lui suffit de faire du bouche-à-bouche à un vieux au bord d'une piscine pour que son sexe se mette au garde-à-vous. Au-dessus de son lit, il a d'ailleurs accroché une énorme photo de Gandhi, torse nu et ravagé par l'âge. Car c'est ce qu'il aime, Lake. Les peaux fripées, les cannes, les effluves de naphtaline, les organes génitaux ensommeillés et plus si affinités.

Quand il est embauché dans une maison de retraite, le héros du long métrage Gerontophilia jubile. Il peut enfin fouler son propre jardin des délices et s'attarder sur les corps sénescents. Surtout celui de M. Peabody, 82 ans, dont il tombe follement amoureux et qu'il dessine comme Jack immortalise Rose dans Titanic. Ce qui aurait pu devenir une œuvre sordide et glauque se transforme ici, contre toute attente, en feel-good movie lumineux. Il fallait tout le savoir-faire du cinéaste canadien Bruce Labruce, militant pour la cause homosexuelle, pour faire passer la pilule.

Une rébellion sexuelle

Quoiqu'apprêtée et chichiteuse, la mise en scène, qui peine à trouver son ton, s'attarde davantage sur l'expression des sentiments que sur les situations à proprement dit. La séquence où Lake lave M. Peobody en est le parfait exemple. Ici, les gestes sont scannés pleine lumière et esquissent un parcours purement sensoriel. Quant au personnage principal, joliment incarné par le prometteur Pier-Gabriel Lajoie, il ne se morfond aucunement. Il assume ses goûts charnels, ne joue pas les victimes et envoie valdinguer quiconque discuterait la teneur de sa libido. Un rebelle de la sexualité devant lequel le spectateur ne se sentira jamais mal à l'aise. Ou presque.

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