Gurinder Chadha : "'Le Dernier vice-roi des Indes' fait écho à l’actualité"

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INTERVIEW – Après avoir adapté en comédie musicale son film culte "Joue la comme Beckham", la réalisatrice anglaise d’origine indienne a accordé un entretien à LCI au sujet du "Dernier vice-roi des Indes", son dernier long-métrage qui revient sur la partition de l’Inde en 1947.

LCI : A quel point ce film est-il personnel ?

Gurinder Chadha  : Mes ancêtres viennent du Punjab, une région qui fait aujourd’hui partie du Pakistan, j’ai grandi en Angleterre, mais je n’avais pas de pays que je pouvais définir comme "le mien". L’ombre de la partition a toujours été là, dans ma vie, mais mes proches en parlaient très peu : c’était trop douloureux, notamment pour ma grand-mère qui vivait avec nous. J’ai alors voulu comprendre pourquoi ma famille avait dû quitter sa maison, pourquoi ils étaient devenus des réfugiés.

LCI : Quel était votre point de vue sur la partition avant de faire ce film ?

Gurinder Chadha  : En Angleterre, vous n’apprenez rien sur la partition ou l’histoire de l’empire britannique à l’école. J’avais juste vaguement entendu dire que la partition avait eu lieu à cause des Indiens qui se battaient entre eux, que les Britanniques n’avaient pas eu d’autres choix que celui de diviser le pays pour enrayer la violence entre les communautés Hindous, Musulmanes et Sikhs. En gros, c’était "notre faute". Mais en faisant des recherches, j’ai réalisé que tout cela était un mensonge. La partition n’était pas due à des personnes qui s’affrontaient soudainement après avoir vécu en paix pendant des siècles. La partition était un acte politique voué à protéger les intérêts britanniques en Inde.

LCI : Quelles recherches avez-vous faites pour en comprendre tous les enjeux ?

Gurinder Chadha  : Il m’a fallu huit ans pour monter ce film. Huit ans durant lesquels j’ai étudié le sujet en lisant des livres, en regardant des films, des pièces de théâtre, en rencontrant des survivants et les membres de leurs familles. Et alors que j’écrivais un premier jet, j’ai rencontré le Prince Charles à un gala de charité. Je lui ai alors dit que je préparais un film sur son oncle préféré, Lord Mountbatten, et il m’a conseillé de lire "The Shadow of the great game" de Narendra Singh Sarila qui reflétait selon lui parfaitement la façon dont Mountbatten avait été utilisé par l’establishment.

Quand il y a une crise politique ou une guerre, la vie ne s’arrête pas pour le commun des mortels. Nous continuons à aimer, à nous marier, à avoir des enfants. Gurinder Chadha

LCI : Pourquoi avez-vous décidé de traiter une romance en parallèle des faits historiques ?

Gurinder Chadha : Je voulais montrer de quelle façon la partition avait changé la vie de personnes ordinaires. Je voulais à la fois parler de ces événements vus "d’en haut et d’en bas", à travers les discussions politiques entre les différents leaders des communautés mais aussi à travers la vie de leurs employés indiens dont la vie allait changer. Quand il y a une crise politique ou une guerre, la vie ne s’arrête pas pour le commun des mortels. Nous continuons à aimer, à nous marier, à avoir des enfants.

LCI : Les problématiques de ce film sont donc toujours d’actualité selon vous ?

Gurinder Chadha : Totalement. Le jour où j’ai tourné les scènes qui se passent dans les camps de réfugiés que nous avons recréés avec plus de 1000 figurants, le corps du petit Aylan était retrouvé sur la plage. En ces temps troublés, alors que règnent la haine et les tensions politiques, à l’heure du "travel ban" de Trump (qui interdit l’entrée sur le sol américain aux ressortissants de certains pays, ndlr) et de la crise des réfugiés, mon film tire la sonnette d’alarme : quand les politiciens essaient de diviser et de régner en invoquant notamment des causes religieuses, les conséquences peuvent être tragiques.

LCI : Qu’aimeriez-vous que les spectateurs retiennent de votre film ?

Gurinder Chadha : Que les politiques créent surtout des frontières dans leurs propres intérêts : les gens, eux, sont pour l’ouverture. Quand je suis retournée au Pakistan, dans le village dont ma famille est originaire, j’ai ainsi été accueillie à bras ouverts. Les gens venaient vers moi, l’enfant du pays, et me souhaitaient la bienvenue chez moi : nous étions tous les mêmes, nous étions tous Indiens.

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VIDÉO – Le Dernier Vice-roi des Indes : la partition de l’Inde au cœur d’un extrait avec Hugh Bonneville

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Le Dernier Vice-roi des Indes : extrait le mariage

"Le Dernier Vice-roi des Indes" de  Gurinder Chadha, en salles ce mercredi 5 juillet.

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