Halloween : pourquoi on aimait tant louer des films d'horreur dans les vidéo-clubs

DirectLCI
VINTAGE - Pour tout amateur de cinéma fantastique ou d’horreur, l’âge d’or des vidéo-clubs aura été l’occasion d’un Halloween permanent. Flashback sur cette génération VHS qui a grandi en fantasmant sur "Massacre à la tronçonneuse", "Freddy, les griffes de la nuit", "Chucky, la poupée de sang" et autres "Cannibal Holocaust".

Massacre à la tronçonneuse, Candyman, Chucky, la poupée de sang… Nombreux sont les films d'horreur qui faisaient saliver les cinéphiles du samedi soir. Pour peu que vous ayez grandi dans les années 80 et 90, vous avez bien connu ça. Vous avez fatalement passé des heures entières à scruter des jaquettes promettant du frisson, du gore, du sexe. Vous êtes tombés sur la série des VHS Face à la mort ("des montages entre le snuff, le mondo et les mises en scène crapoteuses où une voix-off hypocrite expliquait la nécessité de montrer de pareilles images pour donner à réfléchir sur la barbarie de l’homme") ou encore le sulfureux Cannibal Holocaust où une équipe de journalistes composée de trois hommes et une femme se rendait dans la jungle amazonienne à la recherche de vrais cannibales et se faisait bouffer tout cru. 


Anthropophagous, House, Psycho Sisters, Le Dentiste, Society, L'antre de la folie... Tant de films qui étaient inaccessibles en salles, soit parce qu'ils n’étaient pas diffusés en province ou en banlieue, soit parce que les interdictions aux moins de 13 ans ou moins de 18 ans en bloquaient l’accès. 

Les vidéo-clubs ont largement contribué à alimenter notre imaginaire avec ces titres, comme un teaser permanent. Et à ce petit jeu, les jaquettes devaient aussi hurler à la face du consommateur. Plus de sang, plus de gore, plus de sexe, à tel point qu'on avait presque peur d'attraper une VHS sans passer pour un malade mental. C'est aussi pour cette raison que des films comme La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 1974) ou Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) filaient les jetons au moment d’appuyer sur la touche PLAY du magnétoscope. Mais qu'allions-nous donc voir de si affreux sur l'écran de télévision du salon sans papa et maman, seul ou avec des amis goreux ?

L'affiche m’a fasciné pendant deux ans avant que je n’ose louer le filmFrançois Cau, journaliste à "Vice"

François Cau, journaliste à Vice, se souvient en termes de "visuel culte", de l'affiche des Prédateurs de la Nuit de Jess Franco : "Elle m’a fasciné pendant deux ans avant que je n’ose le louer, suant à grosses gouttes comme si j’avais le plus sulfureux des films pornographiques entre mes mains moites." Oui, c'était ça, la génération VHS : le flippe à l'idée de voir un film de flippe. 

Dans cette logique du "film qu'on flippait de voir", Matteu Maestracci, journaliste à France Info, se souvient, lui, d'un film qui n’était absolument pas un film d’horreur mais qui le terrorisait à l’époque : Ratboy (Sondra Locke, 1986).

Jérémie Marchetti se remémore, lui, du météore découvert, par hasard, au gré d'une errance dans un vidéo-club, Dellamorte Dellamore (Michele Soavi, 1994) : "Sur la jaquette, ils avaient rajouté les seins d’Anna Falchi pour mieux vendre ce chef-d’œuvre surréaliste. Le film sortait totalement de toutes les cases imaginables ; le choc n’en fut que immense." Merci donc aux vidéo-clubs de nous avoir permis pareil éblouissement. 

L'horreur devient accessible, comme le porno

Le boom des vidéo-clubs s'avère intrinséquement lié à l'explosion de la VHS. Le film d'horreur a explosé, se révélant accessible au même moment que le film pornographique. Et l'on ne dit jamais assez à quel point pour toute une génération d’adolescents toqués du carré blanc, les vidéo-clubs ont remplacé les ciné-clubs tout en autorisant la transgression. 


Malgré son prix de la critique au Festival d'Avoriaz en 1976, Massacre à la tronçonneuse a été classé X, longtemps censuré. Il faudra attendre 1982 pour le voir sur les écrans français. Ces films interdits faisaient envie, non seulement parce qu'ils laissaient promettre l'effroi mais aussi et surtout parce qu'ils permettaient à des générations entières de cinéphiles de province comme de banlieue de découvrir des cinémas venus d'ailleurs. A l'aune du cinéma italien d’horreur, des regrettés Lucio Fulci à Umberto Lenzi en passant par les sous-produits déviants d’un Joe D’Amato ou les gialli de Dario Argento (Suspiria).

Un jour ou l'autre, les historiens du cinéma ne pourront pas faire abstraction de l’apport exceptionnel des vidéo-clubs comme passerelle vers une histoire non officielle du 7e art.  Selon le journaliste Alex Masson, "les vidéoclubs ouvraient, bien avant que les cinémathèques ne s’y collent, les yeux de leurs clients sur ses flamboyants parias, ses sublimes marginaux, une exceptionnelle cour des miracles." Ceux qui connaissent le fameux Plastic Man, hantant les salles de la Cinémathèque et du Brady, savent de quoi on parle.

Et l'on se souvient tous du coup de génie de la fameuse collection "Les films que vous ne verrez jamais à la télévision" de René Château, qui permettaient de voir Massacre à la tronçonneuse ou Zombie bien avant qu’ils soient réévalués comme des films importants, fondateurs. 


L'alternative consistait à zieuter les "films d'horreur sur Canal+" proposés dans le Quartier Interdit de Dionnet ou ceux diffusés le jeudi soir sur M6 entre deux épisodes des "Contes de la crypte" mais, selon Matthieu Rostac, journaliste à So Film, ils ne remplaçaient pas les vraies découvertes dans le bon vieux vidéo-club du quartier : "Mes grands frères ou cousins fans du magazine Mad Movies étaient capables d'aller s'approvisionner au vidéo-club en VHS horrifiques sans limite d'âge. C'est de cette manière que, par exemple, j'ai été charmé par Braindead." 

Ado, j'ai contacté un mec qui proposait d'envoyer le gant de Freddy avec de vrais couteauxQuentin Dupieux, réalisateur de "Rubber"

Les artistes ayant actuellement le vent en poupe revendiquent, eux aussi, cet héritage du vidéo-club, à l'instar de Quentin Dupieux, alias Mr Oizo, réalisateur de Rubber où un pneu tueur ayant des pouvoirs psychokinétiques s'abîmait dans une frénésie meurtrière en plein désert californien : "Ado, j’avais une carte de vidéo-club, j’allais louer des trucs et je me faisais flipper tout seul. J’avais un ou deux copains avec qui je partageais cette passion. Massacre à la tronçonneuse a marqué mon adolescence, j’en rêvais… C’est tellement basique d’aimer ça à 15 ans... En revanche, je ne suis pas fan des trucs un peu limite comme Face à la mort et toutes les suites de merde sur lesquelles je suis tombé par hasard (...) Je me souviens que, dans un vieux numéro de Mad Movies, un mec avait passé une annonce où, pour 300 francs, il proposait d’envoyer le gant de Freddy avec de vrais couteaux. Évidemment, je l’ai contacté..." 


Ah, c'était le bon vieux temps du vidéoclub. 

Que reste-il de cette génération ?

Aujourd'hui, à l'ère du 2.0, de la VOD et des sites de téléchargement, les films d'horreur "interdits" se trouvent plus facilement, même sur YouTube, et les peurs d'antan ne sont plus les mêmes, elles sont ailleurs. Mais il suffit de se rendre sur des sites underground ou des forums de discussions pour constater que non, la cinéphilie n'est pas morte. 


Elle est toujours aussi vivace et avide de découvrir des films peu vus ou de réévaluer des objets mésestimés. Reste, pour ceux qui ont connu ces décennies, une nostalgie des années 80-90, de cette époque nourrie de "fantasmes horrifiques" (l'excitation à la simple idée de repartir du vidéo-club avec une VHS rare et sulfureuse).

Le film reflétant parfaitement cet état de nostalgie VHS est Donnie Darko de Richard Kelly, film merveilleux sorti aux États-Unis juste après les attentats du 11 septembre 2001, dans lequel Jake Gyllenhaal irradiait en ado lunaire et qui, jusque dans son affiche, jusque dans sa bande-son (Tears For Fears, Duran Duran...), convoquait l'esprit "VHS vidéo-club". 


Un film où la force de l'imaginaire et le poids des images invitaient chaque ado rêveur à se prendre pour des super-héros et littéralement à se vivre dans un film. 

Après la génération VHS, naîtra une autre génération 2.0 qui sera clairement définie lorsqu'elle affirmera à son tour sa nostalgie de Donnie Darko. Pour citer un film culte des années 80, la cinéphilie, c'est "une histoire sans fin". 

Plus d'articles

Sur le même sujet