"Il a déjà tes yeux", l'avis de LCI : Lucien Jean-Baptiste prône la couleur de l’amour... et on applaudit !

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ON AIME - Pour son quatrième film derrière la caméra, en salles ce mercredi, Lucien Jean-Baptiste se met en scène sous les traits d’un homme marié qui adopte, avec son épouse, un bébé blanc. Avec humour et panache, "Il a déjà tes yeux" salue le vivre-ensemble et fait du bien en ces périodes de repli identitaire.

Il a fait de l’oecuménisme son dada cinématographique. A 52 ans, l’acteur, cinéaste et scénariste Lucien Jean-Baptiste n’entend surtout pas jeter l’éponge de sa quête bienfaitrice ; celle d’un monde lavé du racisme, de la peur, du repli et de la bêtise. Depuis La Première Etoile (2009), premier film en qualité de réalisateur applaudi par 1,6 million de spectateurs, il a mis sa sincérité et sa générosité au profit d’histoires fédératrices. Récemment, sa participation à l’édifiant documentaire Pourquoi nous détestent-ils ?, aux côtés d’Amelle Chahbi et Alexandre Amiel, a clairement participé dans sa volonté d’interroger le monde, d’en comprendre les travers pour mieux le panser. 


Ces thématiques sociétales, l’intéressé se plait à les exprimer sur le ton de la comédie, genre-roi qui, bien que casse-gueule, a cette faculté de toucher massivement le public. Imaginez donc son excitation en découvrant le scénario d’Il a déjà tes yeux, préalablement intitulé Black Adoption avant qu’il ne le retravaille en compagnie de Marie-Françoise Colombani et Sébastien Mounier. Une conjoncture parfaite pour celui qui souhaitait secrètement aborder, d’un même élan, les sujets de l’adoption et de la mixité. Autant dire qu’il a été royalement servi avec la trajectoire touchante de Paul (qu’il a choisi d’incarner à l’écran) et Sali (Aïssa Maïga), un couple de Noirs en mal de parentalité à qui les services sociaux proposent un enfant blond aux yeux bleus.

Rire en étant touchés

Sur le papier, on pouvait crisper les muscles au regard des nombreux pièges, liés aux clichés en vigueur, qui auraient pu chaperonner la bonne tenue de ce projet. Heureusement, grâce à une écriture appliquée, qui se substitue néanmoins à tout exploit de mise en scène, Il a déjà tes yeux réussit à atteindre ses nombreux buts. Le premier, clé de voute de l’entreprise, étant de rappeler que, qui que l’on soit et d’où que l’on vienne, la procédure d’adoption est une traversée du désert éprouvante : en atteste une saisissante scène dans laquelle Aïssa Maïga craque à l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance). Une fois ce fond sérieux et dramatique posé, les ficelles de la comédie se déploie joyeusement !


Et c’est surtout du côté des personnages secondaires, esquissés au feutre gras, que le spectacle bat son plein. Il est en effet fort amusant de guetter la réaction des parents de Sali, très attachés à la culture africaine, au moment de découvrir leur petit-fils devant un plat de mafé. En employée de l’ASE réfractaire à toute forme de progrès, terrorisée par la possible altération d’une identité française, Zabou Breitman se révèle aussi jubilatoire que sa coiffure anguleuse. Que dire de Vincent Elbaz, qui a rarement été aussi bon que sous les traits du meilleur pote (simplet) prêt à tout pour faciliter la vie familiale des deux héros… 


On pourra faire grise mine devant quelques facilités d’écriture et autres situations hyper-appuyées, à l’instar de la scène du médecin qui peine à croire que Sali et Paul sont les parents d’un bébé blanc. Mais, en défenseur invétéré du vivre-ensemble, Lucien Jean-Baptiste parvient ici à bouger les lignes et donne une couleur commune à l’humanité : celle de l’amour de l’autre. 

En vidéo

Lucien Jean-Baptiste et Aïssa Maïga dans "Il a déjà tes yeux"

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