Il y a 10 ans, Heath Ledger nous quittait...

Il y a 10 ans, Heath Ledger nous quittait...

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TRIBUTE - Le 22 janvier 2008, Heath Ledger, de son vrai nom Heathcliff Andrew Ledger, partait prématurément à l’âge de 28 ans, au moment où sa carrière commençait à prendre une envergure exceptionnelle, avec sa performance de Joker dans "The Dark Knight" de Christopher Nolan. Ses fans, nombreux, continuent de le pleurer. Hommage.

Dans The Dark Knight, grand film de super-héros, l'interprétation hallucinée et hallucinante de Heath Ledger en Joker avait de quoi impressionner. Avant la sortie de la super-production, la triste réalité rattrapait le block-buster pour le hanter à jamais : Heath Ledger nous quittait, retrouvé mort sur le plancher du logement situé au 421 Broome Street dans le quartier de SoHo. Au lendemain de sa mort, la Warner, chargée de la distribution de The Dark Knight, affichait, décemment, sobrement, ces quelques mots sur le site officiel du film: "Nous pleurons la perte d'un remarquable talent qui nous a quitté trop rapidement ; et, la disparition d'un être extraordinaire qui sera grandement regretté." 


Il ne fallait pas se fier à sa carrure de rugbyman et à son visage angélique qui auraient dû le cantonner au registre anodin des minets de bluette : Heath Ledger était, dans la vie de tous les jours, un jeune homme loin, très loin, des étiquettes frivoles, profondément anxieux et tourmenté. Ses derniers longs-métrages (pratiquement tous des drames psychologiques) en disaient long sur sa personnalité complexe jusqu’à The Dark Knight où Heath Ledger était littéralement possédé par son personnage machiavélique. 

De sa filmographie, on retiendra ces rôles les plus sombres. On repense à lui quand on évoque le si subtil A l’ombre de la haine où à travers un personnage (pourtant secondaire) de fils frustré, il exprimait une détestation de soi, une malédiction familiale, celle de ne pas être aimé par son père. Confession déchirante avant de se donner la mort sous ses yeux. On se rappelle aussi le film qui l’a littéralement propulsé : Le secret de Brokeback Mountain, où il incarnait ce Marlboro Man faussement robuste, bouleversé par un échange de regard et une étreinte inattendue, qui n’arrivait plus à rejoindre des rails sociaux et se lovait obsessionnellement dans les restes d’un passé impossible à oublier. C’est aussi grâce à ce film que Jake Gyllenhaal, son partenaire de jeu, a explosé des années après Donnie Darko

Il a une fille avec Michelle Williams

Pour ce film, Heath fut nommé aux Oscar mais il était trop tôt encore pour célébrer la prouesse. Reste l'émotion ressentie pendant cette romance. Quitte à tomber dans le cliché qu'une telle tristesse appelle, l’annonce de la mort de Heath Ledger n’a pas empêché quelques cinéphiles de revenir des années en arrière, à l’époque de My Own Private Idaho, film culte de Gus Van Sant, dans lequel le regretté River Phoenix avait également noué sur le plateau des liens intenses avec l’acteur Keanu Reeves – qui d’ailleurs, peut-être, n’en est jamais revenu. Lui aussi hanté à jamais par un fantôme. Pendant le tournage, Heath a rencontré celle qui est devenue sa femme, Michelle Williams et avec laquelle il a eu une petite fille, Mathilda, aujourd’hui âgée de douze ans. Jake Gyllenhaal est d’ailleurs son parrain. 

La carrière de Heath Ledger avait commencé sur des bases extrêmement légères (des sitcoms, des bluettes insignifiantes, des grosses productions) pour tendre vers plus de profondeur, de tristesse, de détresse dans des registres aussi diamétralement opposés que le cinéma d’auteur exigeant (au hasard, I’m Not There, de Todd Haynes) et finalement le blockbuster schizo (The Dark Knight, de Christopher Nolan). Le succès commercial de The Patriot lui ouvrait de nouvelles perspectives. Impressionné, Brian Helgeland lui avait confie le rôle principal de champion de tournois rock-star de Chevalier, boum costumée à thème médiéval qui ne se prenait pas au sérieux et où on l’entonnait We will Rock you, de Queen et Golden Years, de David Bowie. Et Heath de s'imposer dans tous les registres. 


C’est Heath qui incarnait Bob Dylan prisonnier de sa vie conformiste dans I'm not there. C’est lui qui humait les vêtements de son partenaire pour combler son absence insoutenable dans Le secret de Brokeback Mountain. C’est lui qui se cachait sous des lunettes noires, ses cheveux longs cradingues, son arrogance de carapace et pratique le skate-board avec une clope au bec dans Les seigneurs de Dogtown. Les rôles devenaient de plus en plus torturés, à son image. Maintenant, Heath est avec les anges, pour toujours et à jamais. 

Lors de son enterrement, dans le cimetière de Karrakatta à Perth, sa ville natale, en Australie, Cate Blanchett avait lu un texte poignant et Ben Harper (son ami) avait dédié un morceau à sa fille. Avant de partir, Heath tournait The Imaginarium of Dr Parnassus, une seconde collaboration avec Terry Gilliam. Un rôle singulier qui appelait une nouvelle fois une performance surprenante. Au sommet de sa carrière ? Pas encore, et c’est ce qui a rendu sa disparition doublement tragique, incitant tous les blasés et les cyniques à ne pas sous-estimer la noirceur et la mélancolie de ces play-boys en apparence calibrés pour Hollywood et en réalité consumés par le mal de vivre.  

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