"Ils sont partout": pourquoi Yvan Attal a-t-il raté son film sur l’antisémitisme ?

"Ils sont partout": pourquoi Yvan Attal a-t-il raté son film sur l’antisémitisme ?

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CRITIQUE – L’acteur-réalisateur brocarde les clichés sur la communauté juive dans une comédie à sketches "all stars". Malgré ses bonnes intentions, son quatrième long-métrage ne fait pas mouche. Explications.

Le film à sketches est un exercice difficile : n’est pas Dino Risi (Les monstres), Jim Jarmusch (Coffee and cigarettes) ou Martin Scorsese (New York stories) qui veut. Jean Dujardin et Gilles Lellouche en avaient d’ailleurs fait les frais avec Les infidèles en 2012.  C’est désormais au tour d’Yvan Attal de se casser les dents sur cet exercice périlleux.

Une idée mal exploitée
"Qu’est ce qu’on a fait de mal ?", "Pourquoi certains utilisent le mot juif comme une insulte ?", "C’est quoi être juif dans la France d’aujourd’hui ?"... Dans le cabinet de son psy, Yvan tente de trouver des réponses à l’antisémitisme. Lequel est dénoncé dans une série de sketches qui viennent entrecouper ces épanchements chez le thérapeute. Dans "Les juifs sont partout", un leader d’extrême droite se découvre ainsi une mère juive ; dans "Les juifs ont de l’argent", un banlieusard juif se bat contre son ex-femme cupide ; dans "Ras le bol de la shoah", un roux, lassé par les commémorations sur la Shoah, revendique son droit à la souffrance... Hélas, outre des sketches inégaux (trop bavards, trop longs, trop courts...), les monologues d’Yvan sont souvent moralisateurs et réducteurs, généralisant parfois les comportements antisémites à l’ensemble de la population.

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Des acteurs peu habités
On croyait Charlotte Gainsbourg capable de tout jouer. A tort. L’actrice, déjà mal exploitée en maîtresse SM dans Do not disturb, le précédent film de son époux, est carrément grotesque en femme banlieusarde, vulgaire et facho d’un Dany Boon, excédé par sa condition de juif précaire. Gênant tout comme l’interprétation de Freya Major, la révélation de La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, ridicule en Vierge Marie allumeuse face à un Gilles Lellouche peu inspiré en agent du Mossad envoyé dans le passé pour tuer Jésus... Yvan Attal lui-même est à côté de la plaque dans ses séquences trop récitées et totalement désincarnées. Impossible d'y croire et d'adhérer.

Un humour qui tombe à plat
Quelle meilleure arme que l’humour pour contrer la haine ? Mais encore faut-il provoquer le rire et savoir manipuler l’ironie. Ici, la gêne l’emporte souvent sur le sourire, tant les tentatives sont poussives malgré Dany Boon, Benoit Poelvoorde ou François Damiens au casting. Peut-être aurait-il fallu assumer davantage la parodie ou la noirceur... Quoiqu’on en doute au regard de ce plan douteux mettant en scène Valérie Bonneton, politicienne d’extrême droite, dans un pyjama rayé, le cheveu court. Une volonté de créer le malaise ? Sans doute. Mais surtout une idée de très mauvais goût qui décrédibilise d’emblée le projet du cinéaste.

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