"In The Fade", notre avis : Diane Kruger impressionne dans un drame d’une brûlante actualité

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ON ADORE – Avec "In The Fade", le cinéaste allemand Fatih Akin offre à sa compatriote Diane Kruger le plus beau rôle de sa carrière. Et signe une épopée intime qui fait douloureusement écho aux attentats qui ont frappé l'Europe ces dernières années.

Sous ses faux airs de "revenge movie" au féminin, "In The Fade" est un film très personnel pour Fatih Akin. Depuis qu’on l’a découvert avec la romance rock n'roll "Head On", en 2004, le cinéaste allemand d’origine turque n’a eu de cesse de chroniquer les conflits intimes et (très) politiques de son pays, à l’heure d’un multiculturalisme vilipendé par l’ensemble de ses dirigeants, bien souvent à des fins purement électoralistes. Son dernier long-métrage s’inspire de faits réels, soit la série de crimes racistes, commis par un groupuscule néo-nazi, de 2000 à 2007. Et dont l’ultime survivante, Beate Zschape, est actuellement confrontée à ses juges. 


Ces tragédies sont condensées ici en une seule, l’explosion d’un colis piégé qui emporte la vie de Nuri et Rocco, le mari et le petit garçon de Katja Sekerci. Son compagnon étant un ancien taulard repenti, d’origine kurde de surcroît, la police est rapidement persuadée qu’il s’agit d’un règlement de compte. En proie des pulsions suicidaires, l’héroïne se raccroche au souvenir d’une jeune femme qu’elle a croisé, quelques heures avant le drame… On n’en dira pas plus de l’intrigue de ce long-métrage intense, qui sort enfin sur les écrans français, après avoir été présenté en mai dernier au Festival de Cannes.

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Sur la Croisette, même les détracteurs les plus acharnés de "In The Fade" saluaient l’interprétation phénoménale de Diane Kruger. C’était la première fois que la comédienne jouait dans sa langue natale, elle qui peut déjà s’enorgueillir d’une belle carrière, entre la France et Hollywood. Le rôle de Katja la place dix crans au-dessus de tout ce qu’elle a pu faire jusqu’à présent. Et de la plupart de ses collègues, avouons-le. Sous tension permanente, à vif, passant de la douleur à la colère, de la résignation à l’espoir avec un réalisme total et un engagement physique de tous les instants, elle sert à merveille le propos du film.


S’il emprunte au cinéma de genre, notamment au cours d’une dernière partie à l’issue surprenante, Fatih Akin reste avant tout un cinéaste de l’humain, s’interrogeant sur la capacité de résilience de son personnage principal face à la cruauté d’un acte qui fait bien sûr écho aux attentats qui ont secoué l’Europe ces derniers mois. S’il se défend de tout pessimisme, il renvoie chacun d’entre nous à ses peurs, ses interrogations. Ses contradictions aussi. Autant dire que sa sublime Katja hantera de nombreux spectateurs longtemps après la projection.

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