"Infiltrator" : Bryan Cranston sous haute tension

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CRITIQUE - Bryan Cranston, alias Walter White dans "Breaking Bad", trouve un nouveau rôle intense dans "Infiltrator" dans lequel il campe un agent ayant infiltré dans les années 80 l’une des organisations de Pablo Escobar. Un film présenté en ouverture du 42e Festival du Cinéma Américain de Deauville, ce vendredi.

Dans Infiltrator, Bryan Cranston incarne l'agent des douanes Robert Mazur qui, avec son coéquipier incarné par John Leguizamo, se fait passer à Miami pour un homme d'affaires blanchissant de l'argent sale afin de pénétrer l'organisation du patron colombien de la drogue. Leur objectif : s'attaquer à sa fortune et aux banquiers complices. Pour cela, ils doivent gagner la confiance de l'un des lieutenants d'Escobar chargé de blanchir des millions de dollars tirés du trafic de drogue, dans cette ville clinquante du sud-est des Etats-Unis. Le film, basé sur des faits réels, sort ce mercredi en France et fait l’ouverture du Festival de Deauville, ce vendredi. 


Mis en scène par le réalisateur américain Brad Furman, ce long métrage s'ajoute à une série de fictions consacrées à la vie du célèbre chef du cartel de Medellin, abattu par la police en 1993, qui a construit un véritable empire dans les années 1980. Depuis quelques années en effet, le cinéma et la télévision reviennent avec appétit sur la vie haute en couleurs d'Escobar : les séries colombienne Pablo Escobar, le patron du mal (2012) et américaine Narcos sur Netflix (2015), ou encore Paradise Lost (2014) avec Benicio Del Toro.


Dans Infiltrator, Pablo Escobar apparaît tel un fantôme, un nom mentionné avec terreur, la bête noire que tous craignent. Tout passe par son bras droit à Miami, Roberto Alcaino, incarné par l'acteur américain Benjamin Bratt (New York Police Judiciaire). Grâce à des méthodes parfois peu orthodoxes, l'agent Mazur devient un as de la finance clandestine, parvient à infiltrer l'équipe d'Escobar et à blanchir des millions de dollars d'argent sale. Le véritable Robert Mazur a raconté son expérience dans ses mémoires éponymes publiées en 2009. Avec ses coéquipiers, il a permis l'inculpation de plus de 100 trafiquants et banquiers corrompus, et contribué à l'effondrement en 1991 de la banque internationale Bank of Credit and Commerce International. Au-delà des faits historiques, le film explore le chemin émotionnel que doit parcourir un agent infiltré, pour parvenir à gagner la confiance de criminels tout en maintenant la distance nécessaire.


La force de Infiltrator, c’est son histoire à haut risque qui tend à démontrer sur plus de deux heures l’ambiguïté d’une telle entreprise où ceux qui infiltrent sont confrontés à des dilemmes moraux qui dépassent amplement le simple cadre de leur mission. En dépit de quelques coquetteries esthétisantes, notamment dans la mise en scène des morts, la réalisation s’avère assez efficace, n’hésitant pas à montrer du style (le plan-séquence pour le faux mariage), traitant cette décennie sans tomber dans une esthétique criarde. Autrement, Bryan Cranston est toujours aussi fort dans sa capacité à être intense avec un minimum d’effets. Même lorsque la situation semble improbable (mais vraie), son regard donne une vraisemblance à tout et le duo qu’il forme avec Leguizamo marche bien.


Infiltrator, en salles le 7 septembre 2016


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