"Interstellar", la critique : Christopher Nolan voyage (encore) en première classe

CINÉMA

SPACE BUZZ – Quatre ans après "Inception", le réalisateur britannique Christopher Nolan renoue avec la science-fiction avec l'ambitieux "Interstellar". Cette fois, direction les étoiles – une faille spatio-temporelle – précisément, où l'humanité cherche son salut. Et c'est le génial Matthew McConaughey qui sert de guide.

Pour réussir un tour de magie, il faut être deux. L'illusionniste, maîtrisant ses ingénieux effets. Et le spectateur, curieux, attentif, enthousiaste. Prêt à y croire. Depuis Le Prestige, autoportrait déguisé, on a compris que Christopher Nolan envisageait le cinéma comme un immense tour de passe-passe. Interstellar, son dernier bébé, n'échappe pas à ce constat, bien au contraire. Il y a le film qu'on pense voir : un blockbuster d'anticipation, spectaculaire, un brin bavard, mixant Signes, Gravity, Contagion et l'incontournable 2001, l'Odyssée de l'espace, entre autres références. Et puis celui qui se joue, en réalité, sous nos yeux divertis...

Le pitch ? Dans un futur proche, l'humanité a revu ses priorités devant la pénurie programmée des ressources naturelles. Exit ingénieurs, high-tech et conquête spatiale. Priorité à l'agriculture intensive, afin de nourrir une population menacée. C'est le lot quotidien de Cooper (Matthew McConaughey), un ancien astronaute, devenu fermier, qui élève son fils Tom et sa fille Murphy avec l'aide de son beau-père, suite à la mort de son épouse. Jusqu'au jour où une série de phénomènes pas très normaux viennent parasiter leur quotidien. Un fantôme ? Plutôt un champ électromagnétique, qui communique au bon père de famille le chemin vers une base secrète de la NASA.

Un blockbuster qui prend son temps

Du jour au lendemain, le voilà lancé dans une mission aussi palpitante qu'incertaine : franchir avec son vaisseau un "trou de ver", une faille spatio-temporelle et trouver une nouvelle planète, colonisable par les humains avant qu'il ne soit trop tard. A ses côtés, plusieurs jeunes chercheurs dont Amelia (Anne Hathaway), la fille de l'éminent professeur Brand (Michael Caine), le cerveau du projet. D'autres avant eux ont exploré ces "mondes parallèles". Aucun n'en est revenu. Sauf que Cooper a promis à Murphy qu'il rentrerait à la maison...

D'un postulat scientifiquement réaliste - les travaux du physicien américain Kip Thorne – Christopher Nolan et son frère Jonathan ont concocté l'une de ces intrigues à tiroirs dont ils ont le secret. La première partie "écolo-responsable" traîne un peu en longueur, peut-être parce qu'on rêve de retrouver l'espace, un an après le choc de Gravity. Et d'en prendre plein la vue ? Pas tout de suite. Avant de se focaliser sur la grande aventure tant attendue, le scénario multiplie les dialogues abscons, à moins de regarder des documentaires sur l'espace tous les samedis après-midi sur France 5. Et puis, et puis...

Matthew McConaughey, le guide spatial idéal

Pas question, pour l'heure, d'épiloguer sur la suite du scénario. Disons juste qu'Interstellar a tout pour envoyer les fans de Nolan au Nirvana... et conforter ses détracteurs dans leur détestation du cinéaste britannique, devenu l'enfant chéri d'Hollywood grâce à la trilogie Dark Knight. Désormais tout-puissant, l'auteur révélé à la fin des années 1990 par le modeste Following signe là son film le plus ambitieux. Il y a effectivement des scènes à couper le souffle, des effets spéciaux renversants et des retournements de situations abracadabrantesques. Mais surtout un message, très beau, très pur, sur la responsabilité de chaque individu dans la conduite de son destin.

Et s'il risque à plusieurs reprises de nous perdre, dans un dédale de théories, de probabilités et d'expériences extraordinaires, Interstellar garde les pieds sur terre grâce à son casting impeccable, Matthew McConaughey en tête. Après son Oscar pour Dallas Buyers Club, et sa performance stupéfiante dans la série True Detective , le beau gosse texan incarne l'un de ces champions (presque) ordinaires auquel le spectateur s'identifiera jusqu'au bout du voyage. Tantôt charismatique, désemparé, courageux, brisé... Terriblement humain dans ce vacarme futuriste. Rien que pour lui, on referait bien un deuxième tour... de magie.

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