Interview Isabelle Huppert, récompensée aux Golden Globes : "Avec Paul Verhoeven, je me sentais en confiance totale"

DirectLCI
RENCONTRE - Récompensée d'un Golden Globe pour sa performance sulfureuse dans "Elle", Isabelle Huppert est au centre du thriller ambigu signé Paul Verhoeven ("Basic Instinct"), adaptation d'un roman de Philippe Djian. Autour d'elle: Laurent Lafitte, Charles Berling ou encore Virginie Efira. Nous l'avions rencontrée au dernier Festival de Cannes.

Paul Verhoeven, réalisateur obsessionnel

"Ce qui est très surprenant avec Paul Verhoeven, c'est que la violence de son cinéma est inversement proportionnelle à sa délicatesse. Ça, c'était la grande surprise. Non pas que je m'attendais à ce qu'il me torture et me malmène pendant douze semaines. Mais j'étais très surprise par la qualité de son attention. C'est un grand obsessionnel. Tant qu'il n'a pas la note exacte ou le mouvement exact, il recommence. Il n'est pas si intervenant que ça dans le jeu proprement dit. Mais il a une idée très précise de sa mise en scène et des mouvements de caméra. Donc cela peut prendre très longtemps avant qu'il obtienne ce qu'il désire. Il n'en reste pas moins très proche des acteurs, très complice. On ne se sent jamais en danger ou dans un état de suspicion. Je me sentais en confiance totale." 

En vidéo

Le réalisateur de 'Elle", "un grand obsessionnel", confie Isabelle Huppert

Un tempérament d'actrice

"Je ne cherche pas les rôles extrêmes de manière théorique ou viscérale, plus intuitivement. Je vais vers certaines personnes et après, bien sûr, il faut leur faire confiance et ne pas avancer en état de méfiance. On a beaucoup parlé avec Paul Verhoeven avant de faire le film. Je savais aussi exactement ce qu'il allait me demander. Finalement, j'avais presque l'impression qu'il m'en demandait moins. J'étais presque surprise par sa délicatesse. C'est tout l'art de l'ellipse, du hors-champ. C'est fabriquer de la violence par l'art de la mise en scène. Il sait exactement ce qu'il doit montrer et ce qu'il ne doit pas montrer. Comme toujours, c'est en montrant le moins qu'on suggère le plus."

En vidéo

"Elle", un portrait de femme "très contemporain", pour Isabelle Huppert

Un rôle ambigu

"Ce qui me plaisait dans Elle, c'était le roman de Philippe Djian et donc ce personnage déjà ambigu. Un portrait de femme très contemporain, aussi, qui subit dans un premier temps, dans un second, dans un troisième. Qui subit des évènements autour d'elle. Puis elle fait en sorte de prendre le contrôle de tout ce qu'elle subit. Un personnage contemporain en somme, un portrait de femme non pas inédit mais qui a une capacité à détourner le rapport de force à son avantage. C'est une femme qui ne recule jamais, qui ne recule devant rien, qui va jusqu'à la manipulation. Elle passe de l'état d'objet à l'état de sujet, en ce qui concerne sa relation avec le violeur. Elle n'est jamais victime. Jamais."

En vidéo

Isabelle Huppert pour "Elle" : "C'est un rôle qui pouvait faire peur"

Propos recueillis par Romain Le Vern

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter