Jake Gyllenhaal : la star trouble dans "Nocturnal Animals" de Tom Ford

CINÉMA

PORTRAIT. Jake Gyllenhaal a marqué les esprits à plusieurs reprises. Inoubliable ado perturbé en révolte contre le conformisme étriqué des adultes dans "Donnie Darko", cowboy bouleversant vivant un amour impossible, déchirant et passionné dans "Le Secret de Brokeback Mountain", soldat déboussolé dans "Jarhead" ou encore journaliste rôdeur dans "Night Call"... La collection de rôles de Jake Gyllenhaal est très respectable. Dans "Nocturnal Animals", l'acteur époustoufle.

Après quelques éclats (Donnie Darko, Jarhead et Le Secret de Brokeback Mountain, Zodiac), Jake Gyllenhaal franchit désormais une nouvelle étape: son nom est bankable. "A une période, je ne pouvais plus rentrer dans un bar sans qu'un mec vienne me voir en m'appelant Donnie Darko et en me racontant sa vie, les points communs qu'il partage avec le personnage. Ce genre d'identification m'amuse plus qu'autre chose. A l'époque, nous n'avions pas conscience d'être au cœur d'un phénomène. C'était un petit film et certains le connaissent même mieux que moi!» 

Pour lui, l'époque de Donnie Darko est révolue même s'il conserve de ce rôle majeur - pour lui et pour nous - une tendresse particulière. Jake était prédestiné pour être acteur. Et pour cause: il baigne dans le monde du cinéma depuis qu'il est tout petit. Son papa, Stephen, est réalisateur et sa maman, Naomi, est scénariste. Mieux encore, sa sœur Maggie - dont la marraine n'est autre que Jamie Lee Curtis - s'est faite un beau nom dans le milieu pour avoir pris une carotte entre les dents et joué aux jeux sadomaso de James Spader dans La Secrétaire, de Steven Shainberg. Cependant, rien n'était gagné d'avance.

Jake n'appartient pas aux enfants de la balle qui après avoir fait des études scolaires désastreuses se sont reposés sur papa et maman. Il a beau avoir commencé sa carrière dès l'âge de 11 ans (City Slickers, où Jake joue le fils de Billy Cristal), il a passé son diplôme de fin d'études secondaires au lycée de Harvard-Westlake en 1998 et étudié pendant deux ans à l'Université de Columbia. Force est de reconnaître que si Richard Kelly ne l'avait pas repéré - et aussi bien dirigé -, il ne serait pas là où il est. D'ailleurs, la période post-Donnie Darko n'a pas été aussi évidente comme avec The Good Girl, chronique dépressive avec Jennifer Aniston, où il réussit à faire de l'ombre à sa camarade transfuge de la série Friends. Une telle ombre qu'il disparaît à la moitié du film. Parallèlement, il s'essaye au théâtre dans This is Our Youth, une pièce londonienne signée Kenneth Lonergan.

De l'indépendant au blockbuster

Deux ans plus tard, Jake participe au Jour d'après, blockbuster on ne peut plus actuel sur les bouleversements climatiques où il doit affronter deux obstacles majeurs: affronter des loups et, surtout, donner la réplique à Dennis Quaid. Sa présence dans cette grosse production Hollywoodienne est une récréation qui lui a permis de se faire définitivement un nom dans tout le gratin du cinéma américain et de bénéficier de propositions plus indépendantes et plus stimulantes. 

A partir du Jour d'après, n'importe quel film peut se monter sur le simple nom de Jake Gyllenhaal. Ainsi surabondent les castings: on parle de lui pour reprendre le rôle de Spider-man dans le second volet signé Sam Raimi avant que Tobey Maguire accepte de reprendre le beau flambeau. Enfin, il est pressenti pour jouer Bruce Wayne dans Batman Begins, de Christopher Nolan avant d'être coiffé au poteau par Christian Bale. 

Ainsi les rumeurs qui vont bon train et le carnet d'adresse qui grossit (Jake est pote avec Natalie Portman, Bryce Dallas Howard, Adam Levine des Maroon 5). Ainsi s'enchaînent les succès: Jarhead; Le Secret de Brokeback Mountain; Zodiac; Brothers; Love et autres drogues. Duncan Jones, le fils de David Bowie, lui offre un nouveau rôle en or avec Source Code où il campe un soldat faisant un voyage dans le temps unique, condamné à revivre les mêmes huit minutes et de débusquer un terroriste. Comme Richard Kelly (Southland Tales), Duncan Jones revendique l'héritage de Philip K. Dick. Comme un lien, il a certainement choisi Jake Gyllenhaal pour incarner un Donnie Darko adulte qui a la possibilité de changer le destin ou d'en accepter la fatalité comme un super-héros. 

Avec le temps, les yeux de l'acteur ont un peu perdu de leur mélancolie lunaire. Mais la vraie rencontre qui va bouleverser sa carrière s'appelle Denis Villeneuve pour deux films : Prisoners et Enemy. Dans le premier, Gyllenhaal joue la calme détermination du flic qui ne cède pas aux jugements hâtifs. Plus cérébral, moins dans l'émotion donc plus mesuré, jusqu'à un certain point. Dans le second, il rencontre son double et incarne un homme hanté par des femmes-araignées, perdu dans un dédale. Toujours autant tenté par la noirceur, la mélancolie et les personnalités troubles, Dan Gilroy lui offre un rôle physiquement marqué par la nuit, à la hauteur de son appétence pour l'ambiguité dans Night Call, allégorie contemporaine, cynique et jouissive, sur l'arrivisme et les dérives déontologiques des médias. 

Creusant cette veine sombre, Gyllenhaal impose une présence trouble dans Nocturnal Animals de Tom Ford. 

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