Jean Dujardin : "Le bonheur, c'est de ne plus être dans son nombril"

CINÉMA

INTERVIEW – Plus naturel et spontané que jamais, Jean Dujardin étincelle face à Elsa Zylberstein en (faux) narcissique transi dans "Un + Une", le nouveau film de Claude Lelouch, en salles ce mercredi. Le comédien s’est confié, avec une criante sincérité, à metronews.

Vous êtes déroutant de spontanéité dans Un + Une. On a l’impression que c’est le vrai Jean Dujardin à l’écran. On se trompe ?
Pour tout vous dire, je l’ignore. D’habitude, je travaille beaucoup mes personnages. Mais sur ce film, je savais qu’il fallait éviter ça. Je cherchais à enlever les perruques, les cravates, les costards… pour me déshabiller complètement. Claude Lelouch vous donne cette opportunité-là. Devant sa caméra, j’ai eu le sentiment de me balader entre le personnage et Jean, sans savoir qui est qui.
 
Par le passé, il vous a souvent sollicité, en vain…
Oui, on se connait depuis cinq ans. Il m’a proposé des trucs qui ne me convenaient pas. Et ça m’embêtait de décliner à chaque fois, de passer à côté de lui… Mais j’étais convaincu qu’on y arriverait. J’aime la liberté qu’il offre aux comédiens. Celle que je recherche dans ma vie et dans le cinéma.
 
Vous incarnez un compositeur de musique de film qui s’amourache de la femme de l’ambassadeur de France en Inde. Comment considérez-vous ce personnage ?
Il traverse la vie, la pimente, s’en amuse. Il se fait passer pour un branleur sans l’être. Il joue avec les gens et les situations. Il aime sa musique mais n’a plus vraiment confiance dans l’amour. Pour autant, il n’est pas totalement désabusé. Il sait laisser la chance aux choses. C’est un homme complexe avec des aspérités.

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Votre alchimie avec Elsa Zylberstein est assez impressionnante. Est-ce qu’on contrôle ce genre de chose ?
Je l’ai rencontrée par hasard dans un avion en partance pour Los Angeles. On a parlé d’Un homme qui me plait. C’est un film qui me fait pleurer et que je revois tous les six mois. De fil en aiguille, Elsa m’a dit qu’elle adorerait faire quelque chose avec moi. Je savais que sous son côté bourgeois – parce que c’est une bourgeoise absolue (rires) – se cachait une femme pas dupe, très drôle, généreuse et bienveillante. Nos fous rires sont venus très vite.
  
Qu’est-ce que l’atmosphère de l’Inde apporte au jeu d’acteur ?
Elle fait tout le travail à votre place. Quand il y a cinq millions d’Indiens derrière vous, on est dans un Cecil B. DeMille. On ne peut pas être plus fort que le décor. On ne lutte pas avec mais on joue avec.
 
Dans la manière de poser votre voix et dans le ton, on pense beaucoup à Un gars, une fille
J’adore Un gars, une fille, c’est là où j’ai fait toutes mes armes. Vous avez raison, ça m’a rappelé la télévision. On tournait des plans-séquences pendant lesquels on pouvait faire ce qu’on voulait… Depuis cette époque, je n’avais jamais été aussi détendu, déconnant et libre que chez Claude.

"J’ai mes prisons, mes angoisses"
 
La spiritualité est très présente dans le film… Etes-vous croyant ?
Je suis plutôt pragmatique. Je veux croire en quelque chose. Disons que je suis agnostique. J’ai une foi de terrain, d’humain. J’aime les églises, mais vides…
 
Vous semblez serein et radieux. Quelle est votre recette ?
Parfois, quand on est déraisonnable, ça permet de prendre la vie comme un décor et de la faire en mieux. Je me pousse au cul, je m’engueule, je ne suis pas tout le temps comme ça, à fond… J’ai mes prisons, mes angoisses. Je leur parle comme dans Vice Versa. J'ai compris qu'il fallait aimer les gens et les aimer plus chaque jour. Ca fait du bien. Le bonheur, c’est de régler son surmoi et de ne plus être dans son nombril…

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