Joe Wright : "Churchill avait l’habitude de disparaître, parfois pendant des heures"

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INTERVIEW - Dans "Les Heures Sombres", Joe Wright reconstitue des instants clés de la Seconde guerre mondiale côté britannique à travers le portrait inédit de l’icône Churchill, interprétée par un Gary Oldman métamorphosé. Il s’est confié à LCI.

En salles le 3 janvier, Les Heures Sombres nous transporte en mai 1940, au moment où Winston Churchill devient Premier ministre. Si la Grande-Bretagne tremble devant la menace imminente de l’armée nazie, ce vieux routier de la politique va faire preuve d’une force de conviction qui changera le cours de l’Histoire. LCI a rencontré le réalisateur Joe Wright (Reviens-moi, Anna Karénine) pour évoquer ce film historique pas tout à fait comme les autres… 

LCI : Dans votre film, Winston Churchill prend le métro pour aller prendre l’avis de ses concitoyens, alors qu’il s’apprête à écrire un discours décisif pour l’avenir de la Grande-Bretagne. Est-ce que ça c’est vraiment passé comme ça ?

Joe Wright : Pas ce jour-là exactement, non. Churchill était très attentif aux sondages. Et ce qu’ils lui enseignaient c’est que le peuple britannique, et en particulier la "working class", soutenait l’idée de continuer à se battre contre le Nazisme. Cette séquence est donc une expression poétique du scénario, d’où l’impression dans le film d’être un peu comme dans un rêve. Mais Churchill avait aussi l’habitude de disparaître, parfois pendant des heures durant la guerre. Ni sa secrétaire, ni sa sécurité ne pouvaient le retrouver. J’ai voulu traduire ça, et aussi le fait qu’il aimait surgir comme ça dans la foule pour rencontrer les gens et prendre leurs conseils.

LCI : Est-ce que c’est ça le plaisir d’un tel film : découvrir des choses sur un homme que tout le monde pensait déjà connaître ?

Joe Wright : Absolument. Churchill en Grande-Bretagne est vu comme cette icône intimidante qui ne doutait jamais et qui avait toujours raison. Ce n’était pas le cas. Il était humain et il avait des défauts, beaucoup de défauts.

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LCI : "Les Heures Sombres" se déroule au même moment que"Dunkerque", sorti l'été dernier, mais du point de vue du pouvoir à Londres. Etiez-vous au courant du film de Christopher Nolan en faisant le vôtre ?

Joe Wright : C’est une coïncidence totale. A vrai dire quand j’ai entendu parler de Dunkerque, j’ai eu peur qu’il y ait un Churchill dedans. Et j’ai été soulagé que non. Disons que c’est une belle coïncidence. Peut-être bien que quelqu’un fera un montage des deux sur Internet…

LCI : C’est l’artiste japonais Kazuhiro Tsuji qui a transformé Gary Oldman en Churchill. Comment avez-vous travaillé ensemble ?

Joe Wright : Kazuhiro Tsuji est un génie. C’est un grand plasticien et c’est Gary qui l’a persuadé de sortir de sa retraite pour faire le film, à vrai dire. On a passé 6 mois à essayer de trouver le bon maquillage. Au début nous sommes allés trop loin. On avait l’impression que Gary avait un poulet cru, plaqué sur le visage. Et puis nous sommes allés trop loin dans le sens opposé et il ne ressemblait plus à Churchill du tout. Il fallait trouver le bon équilibre entre ressembler à Churchill permettre au public d’avoir accès à la performance de Gary.

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LCI : Avez-vous eu peur qu’en cas d’échec, tout le film tombe à l’eau ?

Joe Wright : Oui, j’ai absolument eu peur. Mais je me devais d’avoir la foi. Je me rappelle du jour où on fait le test final, à Los Angeles. C’était très excitant.

LCI : Les comédiens parlent d’un tournage assez étrange, où certains techniciens se mettaient au garde à vous lorsque Gary arrivait sur le plateau…

Joe Wright : Je confirme. Moi vous savez je n’ai pas vu Gary pendant trois mois. Il passait quatre heures chaque matin au maquillage si bien qu’il était déjà devenu Churchill lorsque j’arrivais. Et il était encore en train de retirer ce maquillage quand je rentrais chez moi le soir…

LCI : Diriez-vous que c’est l’expérience de tournage la plus surprenante de votre carrière ?

Joe Wright : Oui même si à la longue, c’est devenu normal. On finit par oublier le maquillage pour se retrouver en présence d’un type qui ressemble beaucoup à Churchill !

LCI : Vous dites avoir voulu faire un film universel. Mais j’ai envie de vous demander ce qui, d’après vous, est très Britannique chez Churchill ?

Joe Wright : Pour être honnête, j’ai du mal à savoir ce que signifie être Britannique. Je vois Churchill comme quelqu’un de tenace, un petit homme qui livre une grande bataille envers et contre tout. Mais je préfère m’intéresser à ce qui rassemble les nations plutôt qu’à ce qui les oppose. Comme disait le poète Derek Walcott : "I have no nation now but the imagination".

LCI : Est-ce qu’on manque de leaders comme lui de nos jours ?

Joe Wright : C’est compliqué. L’époque est différente mais ce que je trouve fascinant chez Churchill, c’est qu’il a passé 50 ans au Parlement, il a dédié sa vie à ça. Ce n’était pas un carriériste. Il n’avait pas une entreprise à côté. Il ne faisait que ça, de la politique, même s’il écrivait aussi des livres. Il était dévoué et respectait le système parlementaire. Je trouve ça très inspirant.

LCI : Peut-on vraiment dire qu’il sauvé le monde ?

Joe Wright : Je pense, oui. Sans lui dans le fauteuil de Premier ministre, sans son aisance avec les mots, le monde que nous connaissons aujourd’hui serait très différent.

>> Les Heures Sombres de Joe Wright. Avec Gary Oldman, Kristin Scott-Thomas, Ben Mendelsohn. En salles le 3 janvier.

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