Julie Gayet : "L’important dans une séparation, c’est de préserver les enfants"

CINÉMA

INTERVIEW - Julie Gayet incarne une maman aux prises avec le tumulte d’une famille recomposée dans la comédie chorale "C’est quoi cette famille ?!" de Gabriel Julien-Laferrière, en salles ce mercredi. La comédienne et productrice s’est confiée à metronews.

Qu’est-ce qui vous a d’emblée plu dans ce projet au point d’accepter d’en faire partie ?
Gaby ! Gabriel Julien-Laferrière. Comme toujours, ma première envie, c’est le réalisateur… Le fait que la fratrie et les liens familiaux soient au centre de l’histoire m’a également plu. A la lecture du scénario, j’ai été cueillie par cet esprit de famille décrit avec tellement de justesse. Chez les Gayet, c’est comme ça. Il y a d’abord et avant tout l’esprit de famille entre frères et soeurs, cousins, cousines… On entre dans la tribu !

Votre personnage est, d’une certaine manière, la pierre angulaire de cette grande smalah. Comment le percevez-vous ?
Comme une jeune femme moderne. Elle croit à l’amour, à la famille et à son travail. Comme dit la chanson : "C’est pas si facile d’être une femme libérée". Elle doit gérer l’organisation d'une famille recomposée. Etre la mère qui prend les choses en main, qui organise les gardes alternées, les activités, les vacances, les sorties… C’est aussi une jeune femme indépendante qui gagne sa vie, qui travaille dans une ONG, sans pour autant oublier d’être heureuse dans son couple ! C’est quoi cette famille ?! montre avec beaucoup d’humour toute la complexité pour les jeunes mamans d’aujourd’hui de refaire leur vie. Et ça fait du bien d’en rire !

Il y a 19 personnages en tout. Quelles difficultés impliquent un chiffre si important ?

On le voit dès l’ouverture du film : Bastien, mon fils, essaye de décrire "qui est qui"... et on ne comprend rien. C’est exactement ça les familles recomposées ! Plusieurs familles, plusieurs vies, plusieurs maisons, de nouveaux demi-frères, demi-soeurs, des belles-mères, des beaux-pères… Tout ça peut ne pas être facile. Mais ça peut être joyeux, aussi. C’est ce que j’aime dans ce récit : sa force de dérision. Le tournage avait des allures de grande et heureuse colonie de vacances.

Bastien et ses 6 demi-frères et sœurs décident de faire leur révolution en emménageant ensemble et en forçant les parents à faire les déplacements. Cette idée vous semble-t-elle si utopique ? Y souscrivez-vous ? 
Françoise Dolto, la première, a évoqué l’idée de garder un lieu commun fixe pour la stabilité des enfants de parents divorcés… Je sais qu’il existe des couples qui gardent la maison "familiale" et fonctionnent ainsi une semaine sur deux en attendant d’avoir un appartement chacun… C’est peut-être bien. Au moins le temps que les choses s’apaisent quand la situation est douloureuse. Ce n’est jamais facile une séparation, pour personne. Il n’y a pas de règles. On fait comme on peut ! L’important, c’est de préserver les enfants. 

D’ailleurs, avez-vous une solution ou une idée autre que celle employée par les enfants de ce long métrage pour traverser cette épreuve ?
Ouh là là… S’il y avait des solutions miracles… Je me souviens qu’à l’époque de ma séparation (d’avec le cinéaste Santiago Amigorena, ndlr), j’avais créé La boîte aux lettres familiale. Les enfants pouvaient y mettre un message pour dire ce qu’il pensait de la situation… et on a eu des surprises !

Le film aborde la thématique des familles recomposées sans pour autant en faire des modèles. Etait-ce important selon vous ? Et pourquoi ?
Oui. Même s’il y a aujourd’hui plus d’enfants de parents séparés, un divorce demeure la fin de quelque chose, ça reste un moment dur pour tout le monde… C’était important d’en parler avec justesse. Gaby n’édulcore pas les choses. Il fait ressortir les contradictions de chacun, ce qui rend le film très juste et c’est pour cela qu’on en rit autant.

Selon vous, quel est le secret pour maintenir une famille à flot ?
L’amour, la tendresse, les attentions… Et parler, écouter, communiquer !

La famille de ce long métrage est plurielle et semble dessiner, malgré ses failles, une forme de mosaïque. En quoi est-elle représentative de la France d’aujourd’hui ?
C’est drôle que vous disiez cela… Oui, c’est une famille avec toutes ces différences qui font la société française d’aujourd’hui. C’est ce que j’aime.

Vous qui n’hésitez pas à être très engagée pour des causes qui vous tiennent à cœur, que feriez-vous si vous étiez demain ministre de la Famille ?
Comme citoyenne, je me suis toujours mobilisée contre les violences faites aux femmes. Et je sais que Laurence Rossignol, la Ministre de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes, a fait de cette lutte l’une de ses priorités. 

Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus dans la société française actuelle ?

La peur qui nourrit l’intolérance et la suspicion. 

Revenons au cinéma. Au-delà de votre métier d’actrice, vous produisez de nombreux films, dont l’excellent Grave, bientôt en salles. Des oeuvres très éloignées artistiquement de C’est quoi cette famille ?!. Comment opérez-vous ces différents choix ?
Oui, j’ai monté la maison de production Rouge International il y a 8 ans avec Nadia Turincev et j’adore ça ! Cela me fait plaisir que vous ayez aimé Grave qui était présenté à Cannes. Je ne joue pas dans les films que je produis. Tout naît d’une envie d’accompagner des réalisateurs auxquels je crois, des projets différents, que l’on dit parfois "impossibles"… Chez Rouge, notre devise est "L’Universel commence quand on pousse les murs de sa cuisine". 

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