"L'insulte" : Ziad Doueiri, primé à Venise, puni à Beyrouth, nommé aux Oscars

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ÉVÉNEMENT - De la présentation à la Mostra de Venise à la nomination aux Oscars, "L'insulte" de Ziad Doueiri, racontant comment une simple querelle réveille un conflit larvé et vivace en Liban, connaît une trajectoire exceptionnelle. Mercredi dans les salles.

Septembre 2017. Mostra de Venise. L'insulte, le dernier long métrage de Ziad Doueiri, suscite des panégyriques de la presse et, corrélat, glane au palmarès une récompense. En effet, le jury a décerné la coupe Volpi du meilleur acteur au Palestinien Kamel El Basha. Pas une maigre récompense !

Hélas, alors qu'il est fraîchement récompensé à la Mostra de Venise, le cinéaste de 54 ans, qui signe également des épisodes de la série Baron Noir, passe brusquement de l'euphorie à l'angoisse en revenant au Liban. A peine arrivé à l'aéroport de Beyrouth, il est interpellé à son arrivée. Nous sommes le 10 septembre et Ziad Doueiri ne masque pas son embarras ni sa colère. 

Que reproche-t-on au juste à celui qui fut jadis l'assistant de Quentin Tarantino ? Son avant-dernier film, L'Attentat, interdit au Liban à sa sortie en 2013. Le fait qu'il ait été tourné partiellement en Israël avec des acteurs israéliens, fait scandale. Un tel choix avait valu à ce film d’être interdit de projection dans la totalité des Etats arabes, sur décision du Bureau du boycottage d’Israël de la Ligue arabe, un organisme créé en solidarité avec les Palestiniens sous occupation. Et le Liban, qui est officiellement toujours en guerre avec Israël, interdit à ses ressortissants de se rendre dans ce pays voisin, avec qui il a longtemps été en conflit. Résultat : ses deux passeports français et libanais ont été confisqués et il a été sommé de comparaître devant un tribunal militaire.  


"Je suis profondément blessé. Je viens au Liban avec un prix de la Mostra de Venise, et la police libanaise a autorisé la diffusion de mon film", a alors déclaré le réalisateur. "Un prétexte absurde et moyenâgeux" a clamé Julie Gayet, productrice de L'Insulte. Après sa comparution de plusieurs heures, Ziad Doueiri a brandi devant la presse ses deux passeports récupérés. "Mon client a été remis en liberté, aucune accusation ne lui a été adressée", avait assuré son avocat. La page est tournée, parlons de l'avenir, parlons de L'insulte qui trouve une résonance avec cette sombre affaire... 

De la Mostra de Venise à la cérémonie des Oscars

L'argument de L'insulte est aussi simple que fort : comment une simple querelle de rue dans le Liban d'aujourd'hui entre Tony, Libanais et nationaliste chrétien, et Yasser, un réfugié palestinien. La bagarre devient une affaire nationale, ravivant les divisions qui ont déclenché le conflit. Vingt-huit ans après la fin de la guerre civile libanaise, ce quatrième long métrage de Ziad Doueiri dépeint avec un réalisme inédit les tabous du conflit. 


C'est une simple dispute entre le réalisateur et son plombier qui est à l'origine de ce film. Un incident banal mais qui a vite dérapé lorsque Ziad Doueiri a eu des mots malheureux : "pour qu’on en arrive à ces mots, cela veut dire que l’on a touché à des sentiments intimes, des émotions très personnelles. Joëlle Touma, la coscénariste du film, était présente ce jour-là, elle m’a convaincu de présenter mes excuses. Ces excuses, le plombier ne les a pas acceptées, j’ai fini par aller les présenter chez son patron qui en a profité pour le virer, pour d’autres raisons, et je me suis retrouvé à prendre immédiatement sa défense. J’y ai vu un point de départ intéressant pour élaborer un scénario."


Au final, une audace remarquable et remarquée qui lui a valu d'être nommé pour l'Oscar du meilleur film étranger. Lors de la cérémonie qui aura lieu le 4 mars 2018, L'insulte sera en lice dans la catégorie du meilleur film étranger face à The Square (Suède), Une femme fantastique (Chili), Corps et âme (Hongrie) et Faute d'amour (Russie). Une statuette dorée serait la plus belle des récompenses et le plus beau des accomplissements. 

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