La communauté LGBT fait-elle encore peur à Hollywood ?

CINÉMA
ZOOM - "Star Trek: Sans Limites", "Ghostbusters", "Independence Day"… Cet été, plusieurs blockbusters ont en commun d’inclure des personnages gays ou lesbiens dans leur récit. Mais s’agit-il d’une véritable prise de conscience de la part de Hollywood ou de rôles-gadgets ?

Comparée aux séries télé, l’industrie du cinéma américain souffre d’un sévère retard en matière de représentation des minorités, notamment sexuelles, à l’écran. Mais cet été, plusieurs blockbusters à l’affiche incluent des personnages LGBT dans leurs aventures.

À la suite d’un buzz savamment orchestré, on a ainsi appris que l’acteur hétéro John Cho camperait un Sulu homosexuel dans Star Trek: Sans Limites. Réussir à imposer un personnage gay ou lesbien, même secondaire, dans un blockbuster à plusieurs centaines de millions de dollars, devrait être perçu comme un progrès. Pourtant plusieurs voix se sont élevées contre cette idée.

Manque de cohérence

À commencer par celle de George Takei, le premier acteur à avoir incarné Sulu à l’écran. Le comédien et activiste LGBT a ainsi déclaré: "Je suis ravi qu’il y ait un personnage gay dans Star Trek. Malheureusement, cela va à l’encontre ce qu’avait imaginé le créateur de la saga, Gene Roddenberry, dans laquelle il s’est énormément investi. Je pense que c’est un geste malheureux."

A LIRE AUSSI >>  L’interprète d’origine de Sulu dans "Star Trek" n’est pas content que son personnage devienne gay
 
Car cette nouvelle saga "Star Trek" initiée en 2009 se déroule en amont de la série des années 1960. L’idée qu’un personnage comme Sulu puisse être gay et avoir une famille avant de devenir plus tard hétérosexuel manque non seulement de logique, mais sous entend qu’on puisse changer d’orientation sexuelle à l’envie. Mais à défaut de cohérence, le personnage de Sulu est-il tangible ?

Là encore, le bât blesse. Pour faire comprendre au spectateur que Sulu est homosexuel, le réalisateur filme timidement une photo de son compagnon et leur fille sur sa console de commande du pilote de l'Enterprise. Et quand la petite famille se retrouve, après des mois à déambuler dans l'hyperespace, une simple tape dans le bas du dos est le seul signe d’affection que les deux hommes échangeront.

Dans une interview au site américain Vulture , l’acteur John Cho a admis qu’une scène de baiser entre lui et son partenaire à l’écran avait bel et bien été tournée mais que celle-ci a été coupée au montage. Ce qui renforce l’idée qu’il est encore délicat de montrer l’intimité entre deux hommes dans une franchise comme "Star Trek". Même sentiment étrange devant Independence Day : Resurgence où le couple gay n’échange pas un seul baiser même après avoir été séparé des années durant par le coma d’un des deux amoureux. Difficile à croire !

Un lobbying qui porte ses fruits ? 

Un an après la décision de la Cour suprême de  légaliser le mariage de couple de même sexe  dans tous les Etats-Unis, Hollywood demeure dans l’incapacité de montrer l’intimité homosexuelle dans ses films les plus populaires, malgré le travail de lobbying d’associations comme GLAAD qui militent pour une meilleure représentation des personnes LGBT dans les fictions.

Mais inclure un personnage gay ne suffit pas à rendre un film "gay friendly". Celui-ci doit être vraisemblable, consistant et ne pas uniquement servir de défouloir à l’homophobie comme c’est encore trop souvent le cas dans les comédies américaines.

Au-delà de leur sexualité, les personnages homosexuels devraient avoir une histoire, un vécu, une épaisseur, qui ne devrait pas les rendre interchangeables avec des personnages hétérosexuels, au risque de nier leur différence. Et il est parfois presque impossible de déceler l’homosexualité de ces personnages avec les quelques maigres indices disséminés par le réalisateur.

"Coller à la personnalité de l’actrice"

Lors d’une récente interview  à l’occasion de la sortie du reboot de S.O.S Fantômes , son réalisateur, Paul Feig, a confié que le personnage de Kate McKinnon est homosexuel pour mieux "coller à la personnalité de l’actrice", ouvertement lesbienne. Mais à l’écran, pas la moindre mention de cette différence. Les fans devront se contenter d’une garde-robe unisexe et de certains regards échangés entre les actrices pour comprendre.

D’où l’impression étrange de voir évoluer des personnages "hétéronomés" sur lesquels on a imposé une étiquette "LGBT" plus ou moins lisible pour des raisons de quotas ou de politiquement correct. Sur les forums, des milliers de fans de Star Wars Episode VII ont vu dans la relation entre Poe et Finn la naissance d’une histoire d’amour. Pourtant à l’écran, rien de concret ne venait nourrir cette thèse.

Sur le net, des pétitions se multiplient pour que les univers de Disney, Marvel ou Star Wars incluent des héros LGBT, certains réclamant que Elsa ait une petite amie dans la suite de La Reine des Neiges. Ou que Captain America assume enfin ses sentiments pour le Soldat de l'hivers... Le réalisateur J.J. Abrams a lui laissé entendre qu’un personnage homosexuel pourrait bientôt rejoindre l’univers "Star Wars". Espérons que celui-ci aura plus de consistance et d’authenticité que les manières précieuses de C-3PO…

A LIRE AUSSI >> Une romance gay dans "Star Wars 8" : et si c’était vrai ?

Sur le même sujet

Lire et commenter