"La Cour de Babel" : un autre regard sur l’immigration

"La Cour de Babel" : un autre regard sur l’immigration

CINÉMA
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COUP DE COEUR - Pendant un an, Julie Bertuccelli a posé sa caméra dans la classe d’accueil de Brigitte Cervoni, professeur d’un collège du 10e arrondissement de Paris. Des enfants immigrés non francophones y apprennent le français avant de pouvoir intégrer les classes lambda. Décryptage avec la réalisatrice de "La Cour de Babel", documentaire aussi émouvant qu'instructif.

Filmer l’école telle qu'elle est
Réalisatrice d’une quinzaine de documentaires (mais aussi de L’arbre et Depuis qu’Otar est parti), Julie Bertuccelli découvre les classes d’accueil lors d’un festival de films scolaires dont elle est jury. La professeure Brigitte Cervoni y présente le film de sa promo d’alors. "J’ai immédiatement voulu intégrer la classe de Brigitte. La rentrée suivante, j’ai obtenu l’accord de l’école, de l’Education nationale et de tous les parents, sans exceptions. Je ne voulais exclure aucun enfant : ça aurait été trop douloureux. C’était tout le monde ou personne."

Se fondre dans le décor
A l’image, jamais (ou presque) les élèves et leur prof ne s’adressent à la caméra. Témoin discret et invisible, la documentariste capte les échanges et les débats en classe, les réunions parents-prof, les crises de larmes et de rire... "Je suis devenue un élément de la classe. L’investissement était partagé : ils me laissaient les filmer, je me retirais quand il le fallait et je m’investissais autant que possible, en faisant venir des intervenants ou en accompagnant des sorties par exemple."

Raconter l’exil des enfants
Si l’intégration et l’apprentissage sont au cœur du film, l’exil plane comme un spectre sur les épaules des jeunes "héros". "Le déracinement est encore plus difficile à l’adolescence, cet entre-deux âges où l’identité se construit, où l’on a besoin de repères et de stabilité. Les classes d’accueil leur fournissent justement un cadre, les mettent en confiance et en relation avec d’autres jeunes dans le même cas. C’est un dispositif formidable auquel il ne faut surtout pas toucher."

Echapper au pamphlet
Malgré son sujet, La Cour de Babel n’a rien d’un documentaire militant mais tout d’un récit humaniste. "Je voulais me focaliser sur les personnes et ne surtout pas faire de généralités qui écrasent et réduisent l’humain à des statistiques. Ces gamins sont tellement attachants qu’ils peuvent bousculer les a priori, faire naitre des débats et changer le regard sur l’immigration."

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