"La crème de la crème" : les élites françaises entartées

"La crème de la crème" : les élites françaises entartées

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CRITIQUE - Dan, Kelly et Louis instaurent un véritable et lucratif réseau de prostitution dans leur grande école. Dans "La crème de la crème", en salles mercredi prochain, Kim Chapiron épingle maladroitement les élites. Explications.

"Vous êtes la crème de la crème ", déclare le directeur d'une voix autoritaire. L'amphithéâtre est plein à craquer. Les élèves sont sagement assis, s'étudient du coin de l'œil. C'est leur première année en école de commerce. Ils sont conscients de porter sur leurs épaules une pression insidieuse, leur rappelant chaque seconde qu'ils sont les candidats autoproclamés qui trusteront les hautes sphères du pays. Parmi eux figurent Dan (Samuel Blumenthal, qui incarne Corbin dans Les choristes), Kelly (étonnante Alice Isaaz) et Louis (Jean-Baptiste Lafarge). Trois trajectoires qui se rejoignent sur un projet commun : instaurer un performant réseau de prostitution au sein de l'établissement.

La crème a un peu tourné

Quatre ans après Dog Pound, plongée implacable dans le quotidien d'une prison pour mineurs, le cinéaste français Kim Chapiron poursuit son exploration d'une jeunesse accidentée. Cette fois, il s'en prend à la génération Y, ivre de vanité, qu'il place au centre d'une critique acerbe sur la fabrication des élites. Hélas, cette charge est quelque peu phagocytée par une imagerie proprement anglo-saxonne qui, d'une certaine façon, l'annule. Prisonnier (inconscient ?) de références "sexy-trash" telles que Bret Easton Ellis ou Larry Clarke, Chapiron donne le sentiment de livrer une version édulcorée et fantasmée des grandes écoles de commerce.

Malgré une mise en scène efficace et un travail esthétique louable, le spectateur lambda se sentira un peu exclu de ce portrait dans lequel il ne pourra pas vraiment trouver sa place. Les trois héros, qui passent leur temps à s'exprimer en métaphores économico-sexuelles, sont d'ailleurs beaucoup trop archétypaux et monolithiques pour être touchants. Leur quête affective est masquée par leur propre arrogance, rendant caduque l'errance psychologique qui les habite. Si quelques dialogues font mouche et deux-trois séquences se révèlent probantes, le résultat souffre de son ton faussement grinçant. Pour ne pas dire fabriqué.

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