"La Fille de Brest" : un thriller médical haletant porté par une actrice époustouflante

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ON ADORE – En salles ce mercredi, "La Fille de Brest" raconte le combat de la pneumologue Irène Frachon pour faire reconnaître la responsabilité du Mediator dans la mort de plus de 2 000 personnes en 30 ans. Emmanuelle Bercot le filme comme un thriller haletant, mais sensible, porté de bout en bout par l’excellente comédienne danoise Sidse Babett Kndusen.

Réalisatrice énergique de La Tête Haute, scénariste habile de Polisse, actrice sensible, primée à Cannes pour Mon Roi, Emmanuelle Bercot sait tout faire, et avec brio s’il vous plaît. C’est derrière la caméra qu’on la retrouve ce mercredi avec La fille de Brest, le récit haletant du combat d’Irène Frachon pour faire reconnaître la dangerosité du Médiator. Nous sommes en 2007 et cette pneumologue "de province" établit, grâce à l’aide de son collègue, le docteur Antoine Le Bihan, un lien direct entre la mort de plusieurs de ses patients et la prise de ce médicament commercialisé par le laboratoire Servier depuis plus de 30 ans. Pendant de longs mois, cette mère de famille au caractère bien trempé va se heurter à l’indifférence des autorités sanitaires et l’hostilité d’un groupe pharmaceutique qui tentera par tous les moyens de la discréditer… 


On reproche souvent au cinéma français de ne pas savoir s’emparer d’une actualité encore chaude pour en tirer une grande œuvre cinématographique. Comme si l’exercice était réservé au téléfilm de service public, honnête sur le fond mais banal dans la forme. Ici c’est tout le contraire. Dès les premières minutes, où Irène Frachon photographie le cadavre d’une patiente décédée, la caméra colle aux basques de son héroïne pour ne plus la lâcher pendant deux heures, jusqu’à la révélation du scandale. Entre les deux, Emmanuelle Bercot raconte les doutes, les joies et les peurs de son héroïne.

Si La Fille de Brest est rythmé comme un vrai bon thriller médical, la cinéaste a également le chic pour croquer les petits instants de la vie quotidienne, en apparence anodins, comme lorsque Irène étudie les dossiers médicaux des victimes pendant que sa grande famille fait de la musique dans un joyeux bordel. Ou que ses enfants lui font prendre la pause, dans une grande partie de rigolade, pour un article de presse consacré à son livre, Mediator 150 mg. Combien de morts ?, qui donnera l’alerte auprès des médias. Mais le film ne serait pas aussi réussi, il faut bien le dire, sans son extraordinaire vedette.


Sur le papier, faire jouer une pneumologue originaire de Charente à une comédienne danoise est un choix pour le moins improbable. Avec un accent prononcé de surcroît. Sauf que Sidse Babett Knudsen n’est pas une actrice tout à fait comme les autres. Le grand public français l’a découvert dans le rôle de la Premier ministre Birgitte Nyborg dans l'excellente série politique Borgen, diffusée sur Arte. Notre cinéma l’a adopté et couronné d’un César du meilleur second rôle féminin l’an dernier pour L’Hermine, avec Fabrice Luchini.


Ici elle dévore littéralement la pellicule de bout en bout, de crises de nerfs mémorables en coups de gueule réjouissants, presque en décalage avec ses partenaires, notamment un Benoît Magimel un peu fade en collègue flippé et bedonnant.  Sauf qu’à l’instar du personnage qu’elle interprète, son énergie irrépressible embarque son entourage, comme le spectateur, dans une quête de vérité dont les conclusions font froid dans le dos. Alors que La Fille de Brest sort sur les écrans, aucune des familles des victimes du Mediator n’a, à ce jour, touché le moindre centime.

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