"La mort de Staline" : quand le cinéma s'empare des dictateurs (souvent pour en rire)

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FOCUS - Ils sont nombreux, les films évoquant la vie de dictateurs au gré de l'Histoire. A l'occasion de la sortie de la comédie "La mort de Staline", voici un florilège de ces longs métrages ayant dénoncé les régimes totalitaires, le plus souvent par le prisme de l'humour.

Dans la nuit du 2 mars 1953, un homme se meurt, anéanti par une terrible attaque. Cet homme, dictateur, tyran, tortionnaire, c'est Joseph Staline. Et si chaque membre de sa garde rapprochée - comme Beria, Khrouchtchev ou encore Malenkov - la joue fine, le poste suprême de Secrétaire Général de l'URSS est à portée de main. 


Voici les prémisses de La mort de Staline, une comédie désopilante adaptée du roman graphique du même nom de Fabien Nury et Thierry Robin, centré sur cette lutte de pouvoir abjecte (et étalée sur deux jours) des anciens subordonnés du dictateur pour lui succéder. Ce n'est pas le premier film de l'histoire du cinéma à mettre en scène une figure dictatoriale. En voici quelques exemples marquants...

"Le Dictateur" de Charles Chaplin (1940)

Ce film fut le premier à dénoncer la barbarie de ce qui se jouait en Europe, parce qu'il a décrit les exactions contre les juifs et l'extrême violence d'un dictateur dont la folie menaçait le monde. En 1940, il n'était pas très bien vu de se distinguer de la neutralité distante qui était alors la position des Etats-Unis pas encore entrés en guerre. Chaplin a dû faire face à de nombreuses réticences. Le film est sorti grâce au soutien du président Roosevelt. 


C'est une oeuvre engagée, où le cinéaste expose ses convictions profondément humanistes à une époque où elles étaient gravement compromises. Plus que jamais, l'humour est ici la politesse du désespoir. Plutôt que de pleurer, le légendaire Charlot prend le parti de ridiculiser les tyrans. C'est ainsi qu'il parle, pour la première fois à l'écran, dans un discours final qui a gardé toute son actualité et sa bouleversante tolérance, brandie fièrement, comme une utopie.

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"La Chute" de Oliver Hirschbiegel (2004)

Berlin, avril 1945. Le IIIe Reich agonise. Les combats font rage dans les rues de la capitale. Hitler, accompagné de ses généraux et de ses plus proches partisans, s'est réfugié dans son bunker, situé dans les jardins de la Chancellerie. A ses côtés, Traudl Junge, la secrétaire particulière du Führer, refuse de l'abandonner. Tandis qu'à l'extérieur la situation se dégrade, Hitler vit ses dernières heures et la chute du régime. Ce long métrage se place du point de vue d’Hitler et de ses sbires, montrant leurs tentatives pour fuir le quotidien et trouver une solution pour contrer l’ennemi bolchevique. 


On peut trouver déroutante l’humanisation du Führer: abandonné par ses anciens collaborateurs, avec ses crises de colère incontrôlables, son charisme d’orateur inépuisable et ses larmes dues à l’humiliation de la défaite. Mais le réalisateur ne cherche pas à excuser. Il tente en simple anthropologue de comprendre les erreurs de son propre pays, d’analyser une telle chute et d’en tirer les conséquences. La photo glaciale et la fluidité de la mise en scène renforcent cette impression lugubre et glauque d’horreur qui menace de sortir à chaque détour de couloir d’un bunker, lieu principal du film, capharnaüm mental de ces êtres en pleine confusion morale qui redoublent de sourires et se saoulent d’orgies et d’alcool pour oublier qu’ils vont mourir demain.

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"Le dernier roi d’Ecosse" de Kevin Macdonald (2007)

Un jeune médecin écossais tout juste diplômé débarque en Ouganda en quête d'aventure, décidé à venir en aide à la population. Séduit par le charisme d'Amin Dada, le chef de l'Etat, le jeune médecin rejoint le cercle présidentiel au sein duquel il mène grand train. Promu confident du dictateur, Garrigan, témoin d'enlèvements et d'assassinats, devient malgré lui peu à peu complice d'un des plus terrifiants régimes africains du XXe siècle. 


Cette confrontation est nécessaire pour cerner au mieux l’identité morcelée d’un personnage authentique (Idi Amin Dada, considéré comme l’un des dictateurs les plus effrayants du siècle dernier avec Hitler, Staline et Mao).

"The Dictator" de Larry Charles (2012)

Isolée, mais riche en ressources pétrolières, la République du Wadiya, en Afrique du Nord, est dirigée d'une main de fer par l'Amiral Général Aladeen. Après Borat et Brüno, qui étaient conçus comme des faux documentaires, The Dictator, qui a coûté 70 millions de dollars, peine à paraître scandaleux : c'est une comédie pop et trash superficielle dont les conventions ne s'accordent pas si bien que ça avec les exubérances de Sacha Baron Cohen. 


Heureusement, Larry Charles et Sacha Baron Cohen ont conservé leur mauvais esprit. Ce personnage du Général Aladeen incarne l'archétype adéquat pour massacrer le politiquement correct dans une société démocratique et répressive à la fois, prendre le contre-pied des hypocrisies avec des truismes sarcastiques, fustiger le mauvais goût bling-bling, vomir des insanités, orchestrer quelques gags scato-sexuels (moins nombreux que d'habitude). 


C'est une manière à peine voilée d'évoquer la question de la liberté d'expression dans un contexte Hollywoodien, où elle se pose de manière beaucoup plus aiguë qu'on le croit. Même si elle est totalement disproportionnée, la comparaison avec Le Dictateur (Charlie Chaplin, 1940) paraît inévitable parce qu'à des années d'écart, les deux films partent d'événements contemporains (The Dictator fut tourné pendant les événements du Printemps Arabe) mais plus de soixante-dix ans plus tard, Chaplin met Baron Cohen K.O.

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