"Lady Bird" : qui est Greta Gerwig, la seule femme nommée à l’Oscar du "meilleur réalisateur" ?

CINÉMA
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ZOOM – C’est l’outsider de charme et de choc de la 90e cérémonie des Oscars, qui se déroulera dimanche soir à Hollywood. Avec "Lady Bird", en salles en France mercredi, la comédienne Greta Gerwig signe des débuts fracassants derrière la caméra, à l’ère des combats pour l’égalité entre hommes et femmes à Hollywood.

Sur les affiches françaises de "Lady Bird", en salles ce mercredi, on peut lire que le film est nommé, entre aux autres, à l’Oscar du meilleur réalisateur. C’est pourtant bien une femme qui a dirigé ce portrait d’ado sensible et rebelle, incarnée par Saoirse Ronan. Soit Greta Gerwig, 34 ans, icône du jeune cinéma indépendant américain, qui pour ses débuts derrière la caméra rejoint le club très fermé des femmes candidates à cette récompense. Avant elle, Lina Wertmüller ("Pasqualino", 1977), Jane Campion ("La leçon de piano", 1994), Sofia Coppola ("Lost in Translation", 2004) et Kathryn Bigelow ("Démineurs", 2010) ont été nommées. Seule la dernière l’a emportée.


Dimanche soir, cette trentenaire Californienne d’ascendance allemande, fille d’un consultant financier et d’une infirmière, pourrait bien créer la sensation. Parce que "Lady Bird" fait l’unanimité. Mais aussi parce qu’elle symbolise, à elle seule, le combat des femmes pour s’imposer dans une industrie où elles étaient à peine 4% à diriger l’un des 100 plus gros succès au box-office l’an dernier. En janvier dernier, son absence dans la liste des nommés au Golden Globe du meilleur réalisateur avait fait grincer des dents.

Gentleman, son producteur Eli Bush lui avait laissé le micro au moment de recevoir le trophée de la meilleure comédie, au terme d’une soirée où les femmes s’étaient habillées en noir, en soutien aux mouvements #MeToo et #Time’sUp. Quelques jours plus tard, sa nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur viendra réparer l'injustice. Et la propulser dans une nouvelle dimension, autant symbolique qu’artistique. Car désormais, sa voix compte. Ce qui explique, en partie, sa décision de ne plus travailler avec son idôle d'adolesence Woody Allen, avec lequel elle avait tourné "To Rome With Love". Greta Gerwig, star du "Girl Power" en 2018 à Hollywood ?


"Je me rappelle combien j’étais heureuse quand Sofia Coppola a été nommée à l’Oscar du meilleur réalisateur et qu’elle a remporté celui du meilleur scénario (…) Je crois que les choses vont avancer encore plus rapidement maintenant", estime-t-elle dans une interview accordée au quotidien anglais The Guardian. "Lorsque les studios vont chercher un réalisateur, ils vont se demander ‘est-ce qu’il y a une femme qualifiée pour le job ?’. Ça me semble terriblement important. Moi, si je dirigeais un studio, je me dirais juste que c’est bon pour le business. Parce que je regarderais la réaction du public aux films tournés par des femmes, sur des femmes, et qu’ils ont cartonné."

Le trait le plus violent de mon métier tient dans la dépendance aux désirs des réalisateursGreta Gerwig, dans "Le Figaro"

Car si les femmes sont encore rares derrière les caméras des blockbusters, les chiffres sont là : avec plus de 820 millions de dollars de recettes, "Wonder Woman" de Patty Jenkins est devenu l’an dernier le plus grand succès de l’histoire du cinéma dirigé par une femme. "Lady Bird", tourné pour un budget dérisoire de 10 millions de dollars, en a déjà rapporté quatre fois plus aux Etats-Unis, avant sa sortie cette semaine en Europe. Deux films dont le point commun est d’avoir une femme derrière la caméra, mais aussi au centre de leur histoire.


Lorsqu’on lui demande pourquoi elle a choisi de passer derrière la caméra, Greta Gerwig est on ne peut plus claire. "Le trait le plus violent de mon métier tient dans la dépendance aux désirs des réalisateurs", explique-t-elle à Madame Figaro. "Il faut être choisie, obtenir la permission de quelqu’un pour avancer. Au moins, quand vous faites votre propre film, on vous fiche la paix." La différence entre cinéma masculin et féminin ? "Le regard et la voix. Les femmes sont fondamentalement authentiques. Elles crachent leurs tripes. Elles n’ont aucune prudence. En plus, dans un film de femmes, les femmes sont de vrais sujets, pas des objets."

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