"Le ciel attendra" : plongée angoissante au cœur de la radicalisation des jeunes

CINÉMA

ON AIME – Après "Ma première fois" et "Les héritiers", la réalisatrice et scénariste Marie-Castille Mention-Schaar s’attaque dans "Le ciel attendra" aux mécanismes du processus de radicalisation chez les jeunes. En salles ce mercredi, cette œuvre-choc en glacera plus d’un. Vous êtes prévenus.

Les longs métrages français qui se confrontent en temps réel à l’actualité ne courent pas les rues. En cela, Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar, tout comme La désintégration de Philippe Faucon avant lui, détonne clairement dans la production du moment en s’intéressant, sans circonvolution, au phénomène d’embrigadement des jeunes filles par des islamistes. La cinéaste, accompagnée de sa co-scénariste Emilie Frèche, tente là de comprendre comment ces proies fragiles, issues de tous milieux, parviennent si brusquement à se faire prendre dans la toile du fanatisme.

Une œuvre d’utilité publique

Pour répondre à ses interrogations, et à celles des spectateurs, l’intéressée se penche sur les trajectoires contraires de ses deux héroïnes. D’un côté : Sonia, 17 ans, qui a failli se rendre en Syrie pour commettre l’irréparable et offrir à sa famille une place au paradis. De l’autre : Mélanie, 16 ans, adolescente violoncelliste sans histoire qui tombe amoureuse d’un recruteur sur Facebook, lequel lui demande de renoncer à son mode de vie pour se convertir à un Islam dur. C’est ainsi que la première se déradicalise pendant que la seconde se radicalise.

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"Le ciel attendra" : sa fille est partie en Syrie, elle témoigne

C’est sur la base de ce chassé-croisé anxiogène que prend racine Le ciel attendra. Un double cheminement, extensible à d’autres récits similaires, visant à conférer un visage humain à une campagne de propagande carnassière. Déjà présentes au casting des Héritiers, précédente réalisation de Mention-Schaar, les comédiennes Noémie Merlant et Naomi Amarger livrent, sans jamais se rencontrer, deux performances saisissantes et totalement dépourvues de maniérisme. Leur sobriété concourt très clairement à la bonne tenue de ce projet.

 

Il faut dire que le duo en question est soutenu par un scénario documenté, parfaitement dialogué et riche en dramaturgie. Lequel coiffe et décrypte le sujet traité sous toutes les latitudes et longitudes, de la détresse parentale au combat acharné des associations bataillant pour sauver les victimes en perdition. La mise en scène, qui relève du dispositif purement mécanique, s’efface derrière le propos. Le but n’est pas tant de faire dans le grand cinéma mais d’utiliser la force de ce médium pour diffuser un message fort, qui puisse émietter les cohortes d’idées reçues. L’éducation nationale compte bien s’en emparer.

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