"Le Vent se lève" : le Miyazaki de trop ?

"Le Vent se lève" : le Miyazaki de trop ?

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CRITIQUE - Maître incontesté de l'animation, Hayao Miyazaki effectue son vol ultime avec "Le vent se lève". Trop long et contemplatif, le résultat, sans démériter, n'atteint que de faibles altitudes. Explications.

Aux quatre coins du globe, les fans ne peuvent s’y résoudre. Et pourtant, à 73 ans, Hayao Miyazaki estime que son onzième film, Le vent se lève, sera aussi son dernier . De Princesse Mononoké au Voyage de Chihiro, le cinéaste nippon a signé des chefs-d’œuvre intemporels centrés, majoritairement, sur la concorde entre l’homme et la nature. Pour son ultime tour de piste , l’artisan de rêves a choisi, comme dans Kiki, la petite Sorcière ou Un Château dans le ciel, un de ses thèmes de prédilection : la capacité de voler.

Inspiré de l'ingénieur Jiro Horikoshi à qui l’on doit le bombardier Zero et de l’écrivain Tatsui Hori, le protagoniste, handicapé par sa myopie, conçoit des avions prodigieux à défaut de les piloter. Le long métrage retrace son parcours et les différents moments de l’histoire du Japon qui l’ont profondément marqué. Si le résultat est d’une splendeur visuelle indubitable, quelques écueils demeurent en creux.

Trop long
2h10 pour un film d’animation, c’est un peu excessif. Surtout quand le sujet, délicat, peut potentiellement perdre une majorité d’enfants. En misant à fond les hélices sur le caractère ultra contemplatif de son scénario, le maître Miyazaki a tendance à étirer ses séquences, engourdissant quelque peu l’attention du spectateur.

Trop froid
Jusqu’alors, le cinéaste japonais avait réussi à donner une portée universelle systématique à toutes ses œuvres, souvent très personnelles. Cette fois, on ne le suit pas entièrement dans son aventure. En cause ? Un personnage principal morne et énigmatique, qui n’invite aucunement à l’empathie.

Trop tendancieux
Le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression ou l’entrée en guerre du Japon… Les pages de l’histoire du pays du soleil levant se déroulent devant le regard froid et distancié de Jiro. Le point le plus douteux ? Miyazaki passe son temps à justifier l’égoïsme en amour et les mauvais choix de son héros par sa seule et inaltérable capacité à rêver.

Trop testamentaire
Ultime vol oblige, le réalisateur verse souvent dans le sur-symbolisme et l’onirisme fourre-tout. Un modus operandi parasitant les idées qu’il voulait charrier au gré de ce vent qui se lève. On retiendra néanmoins l’empreinte indélébile qu’aura laissée Miyazaki depuis ses débuts. Ce dernier film n’est certainement pas le meilleur mais il pose tout en délicatesse un regard sur la beauté et la cruauté du monde et des hommes.

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