"Lea" : portrait poignant de la femme qui osa défier la mafia calabraise

"Lea" : portrait poignant de la femme qui osa défier la mafia calabraise
CINÉMA

CRITIQUE – Présenté en mars dernier en ouverture du Festival International du Film Policier de Beaune, "Lea" de Marco Tullio Giordana débarque en salles ce mercredi. Le réalisateur y dresse le portrait d’une femme courageuse qui a fait trembler la Mafia calabraise au péril de sa vie.

Pour le cinéaste italien Marco Tullio Giordana, auteur du formidable dytique Nos Meilleures Années, les femmes ont le pouvoir de briser les plus puissantes familles mafieuses. Ce postulat, il l’applique scrupuleusement dans Léa, son nouveau long métrage inspiré d’une histoire vraie et tragique. Celle de Lea Garofalo, qui fut l’épouse d’une figure de proue de la ‘Ndrangheta, redoutable organisation originaire de Calabre.    

Sortir d’une prison mentale

Lassée par son existence faite de violence et de dangers, la jeune femme entama une collaboration étroite avec les autorités compétentes afin de réduire en miettes la pègre et ses représentants. Un combat acharné, vertigineux et traumatisant qu’elle a mené jusqu’à sa disparition à l’âge de 35 ans dans la nuit du 24 au 25 novembre 2009. D’après la police, elle aurait été kidnappée, questionnée et tuée avant que son corps ne soit dissout dans de l’acide.

A l’origine d’un véritable tollé en Italie, ce drame sordide a forcément tapé dans l’œil de Tullio Giordana, toujours très sensible aux peintures sociétales. Qu’il aborde la vie du jeune communiste sicilien Peppino Impastato (Les cent pas), le fascisme (Une histoire italienne) ou l’attentat de la Piazza Montana, l’intéressé aime depuis toujours entremêler sagas familiales et chronique criminelle. Léa suit cette même dynamique, épousant sur une temporalité diffuse la fuite vers l’avant de l’héroïne et de sa fille.

Si sa réalisation, fort téléfilmesque, manque de panache et de nervosité, ce long métrage inégal vaut toutefois pour la mise en lumière tristement méritée de son héroïne, impeccablement incarnée par la magnétique Vanessa Scalera. La comédienne parvient à imprimer durablement son visage dévasté sur la pellicule, à l’instar d’un dernier plan sobre et pénétrant qui synthétise les sacrifices, les combats, le rejet de toute forme d’emprise ; les peurs aussi, celles qui creusent, condamnent au silence ou poussent à la révolution. Léa a fait la sienne. Il ne vous reste plus qu’à la découvrir en salles. 

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