"Les Nouveaux sauvages" : Damián Szifrón, réalisateur au bord de la crise de nerfs

CINÉMA
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PORTRAIT - A 39 ans, le réalisateur argentin Damián Szifrón s’est ouvert les portes de Hollywood avec "Les Nouveaux sauvages", une des sensations (fun) du dernier Festival de Cannes. Sympathique à souhait, ce fan des "Goonies" et de "Duel" balance ses frustrations à l’écran avec une bonne humeur contagieuse.

"Ma vie a commencé avec le Superman de Richard Donner !". Damián Szifrón ponctue l’aveu d’un sourire clair et généreux. A 39 ans, cet éternel ado, shooté à la filmographie de Steven Spielberg, ne se prend pas au sérieux, conscient pourtant d’avoir touché du doigt son rêve de gosse : être cinéaste. "Si je n’avais pas empoigné la caméra, qui sait, je serais peut-être devenu un Relato Salvaje", lâche-t-il, hilare.

Traduction : un nouveau sauvage, en référence au titre de son troisième long métrage, présenté en compétition officielle lors du dernier Festival de Cannes et produit notamment par Pedro Almodovar. "Dès le départ, je voulais obéir à mon leitmotiv, celui de la liberté de ton, et déclarer mon amour à la fiction. Le cinéma, c’est ma ville d’origine !".

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Film à sketches survitaminé et férocement jouissif, Les Nouveaux sauvages est peuplé d’êtres en apparence inoffensifs qui, sous le coup de la pression environnante, rivalisent de barbarie. Qu’ils soient père de famille, trentenaire arrogant, jeunes mariés ou cuisinier, ces derniers cèdent systématiquement à leurs pulsions (et par prolongement, à celles de leur créateur).

"Ils sont pourtant nobles, rassure Damián Szifrón. C’est juste qu’ils sont à cran face à une société qui les écrase, les opprime et les pousse parfois à commettre l’irréparable. Les différentes histoires de mon film sont inspirées de souvenirs personnels ou de choses qui sont arrivées à des personnes de mon entourage."

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Las de toutes ces "superstructures" sclérosantes qui rognent les libertés individuelles, le réalisateur argentin revendique volontiers la portée politique, économique et sociétale de son labeur. "Je hais le contrôle qui pèse quotidiennement sur nous, clame-t-il sans sourciller". Excessif, violent et cinglant, son cri du coeur artistique obéit par ailleurs à son amour de toujours pour les récits brefs.

"Dès l’âge de huit ans, j’étais fan des histoires courtes, mêlant crimes et mystères", se souvient-il. "Plus tard, j’ai été influencé et touché par les mots de J. D. Salinger ou Truman Capote." Très imprégné par la culture populaire US, Szifron pourrait très bientôt faire éclore ses rêves de SF sur le sol américain. Mais en attendant, et pour souffler un coup, il n’est pas improbable qu’il visionne une énième fois un western de Corbucci ou Leone… Sa base !
 

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