Louise Bourgoin : "Dominique Farrugia m'a envoyé un SMS signé 'Dominique (ex-Les Nuls)' pour me proposer le rôle"

CINÉMA

INTERVIEW - Dans "Sous le même toit", en salles le 19 avril et présenté jeudi en compétition au Festival international de comédie de l'Alpe d'Huez, Gilles Lellouche et Louise Bourgoin campent un couple de divorcés contraints de vivre ensemble pour raisons budgétaires. Une expérience "démente" qu'ils ont détaillée pour LCI en compagnie de leur réalisateur.

LCI : Le film a été présenté hier soir (jeudi, ndlr). Vos impressions face à la réaction enthousiaste du public ?

Gilles Lellouche : Ma foi, excellentes !

Dominique Farrugia : Le public a ri, a même applaudi à certains moments, ce qui m’est très sympathique. J’adore les applaudissements.

Louise Bourgoin : Contrairement aux autres festivals, on a la réaction du public à chaud donc c’est appréciable. On n’est pas avec les gens de la profession mais avec un vrai public chaleureux. C’était la première fois qu’on le présentait, il y avait 1000 personnes dans la salle, c’est assez émouvant.

LCI : C’était la première fois que vous voyiez le film dans sa version finale ensemble ?

Gilles Lellouche : Non, non. J’ai eu la chance de le voir lors d’une projection-test devant 500 personnes et les gens étaient hilares. Hier soir, ça a été à nouveau la même chose. Et c’est donc extrêmement joyeux. Parce que c’est une comédie et quand les gens ne rient pas à une comédie, c’est qu’on a un peu raté notre coup. Dominique a fait vraiment un film exceptionnel. Je le dis parce qu’il est là, évidemment (il sourit). Mais surtout parce qu’il parle avec humour d’un sujet de société qui touche énormément de couples. Ils sont nombreux à devoir vivre ensemble malgré la séparation.

LCI : Dominique, les personnages du film s’appellent Delphine et Yvan. On pense forcément à votre premier film "Delphine 1 – Yvan 0".

Dominique Farrugia : Je n’étais pas satisfait des prénoms des personnages au départ, puis je me suis dit qu’ils auraient pu être Delphine et Yvan 20 ans plus tard. Mais c’est juste un clin d’œil.

LCI : Il y a aussi des seconds rôles très forts : Manu Payet, Marilou Berry…

Dominique Farrugia : Et Julien Boisselier ! Au départ, je ne lui ai pas proposé le rôle parce qu’il était trop petit et c’est lui qui m’a dit : "Mais t’es complètement con, je vais le faire". Il voulait juste comprendre pourquoi son personnage ne sautait pas sur Louise Bourgoin dès le premier soir. C’était la seule question importante pour lui en tant que comédien (sourires).

Gilles Lellouche : Grosse préoccupation !

Dominique Farrugia : Il avait besoin de construire son personnage. J’ai eu beaucoup de chance parce que tout le monde était disponible à ce moment-là et avait envie de jouer. On s’est bien amusé et on a beaucoup travaillé en même temps.

LCI : Delphine et Yvan ont deux enfants, joués par Adèle Castillon et Kolia Abiteboul. Comment s’est passé le tournage avec eux ?

Gilles Lellouche : Ce ne sont plus des enfants, ce sont des pré-ados. Adèle Castillon a une chaîne YouTube avec des centaines de milliers de followers, elle fait des forums… C’est une jeune fille très dynamique, très dans son temps. C’était chouette, c’était super de travailler avec eux parce qu’on était vraiment tous ensemble. Il y avait une espèce de micro-famille qui s’est créée. Comme l’a dit justement Dominique, avec beaucoup de joie et d’envie. On était ravi de faire de la comédie Louise et moi, c’est vrai que ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas fait. D’avoir la chance d’avoir pu faire cette comédie-là, qui était si bien écrite avec ces seconds rôles-là, ces enfants-là… Il y avait une croisée des chemins assez parfaite. On s’est éclaté !

Dominique Farrugia : C’était très agréable de retrouver Louise dans une comédie. Je voulais vraiment travailler avec elle mais je n’osais pas lui proposer le rôle. Je remercie Stéphane Gluck qui m’a convaincu de la contacter. Je lui ai dit : "Mais elle est enceinte, elle n’acceptera jamais". Il m’a dit : "Si tu ne lui demandes pas, tu ne sauras pas". Donc je lui ai envoyé un SMS. Puis elle a lu le scénario et elle a accepté.

Il est archi lourd mais moi je l’aime beaucoup. C'est un loser magnifique- Gilles Lellouche sur son personnage, Yvan

LCI : Louise, comment avez-vous réagi en recevant ce SMS ?

Louise Bourgoin : La fin du message était très drôle. "C’était signé : Dominique (ex-Les Nuls)". J’ai tout de suite accroché au personnage de Delphine. C’est une femme forte, qui est infirmière avec des horaires pas possibles, son ex qui est un "ado attardé" qui vit à ses crochets. C’est une sainte cette fille ! Tout ça m’a beaucoup plu, sa puissance en fait.

LCI : Gilles, le personnage d’Yvan, n'est pas franchement un saint. Il est même un petit peu lourd...

Gilles Lellouche : Je ne trouve pas, moi, je ne comprends pas pourquoi vous dites ça. (Dominique Farrugia rigole derrière, " il adore son personnage !"). Il est archi-lourd, vous voulez dire ! Il est archi-lourd mais moi je l’aime beaucoup. Alors oui, ce n’est pas un combattant, ce n’est pas un winner, il se laisse un peu porter mais je le trouve aussi irritant que sympathique.

LCI : Il a un petit côté "attachiant", non ?

Dominique Farrugia : C’est un loser magnifique. J’adore les losers magnifiques.

Gilles Lellouche : Moi aussi j’adore les losers magnifiques. J’ai adoré, mais adoré jouer ce personnage. Je l’aime énormément. Et j’ai adoré jouer avec Louise. C’était dément, on avait tous les deux des personnages formidables avec plein de ressorts de comédie mais aussi des ressorts plus dramatiques. On a pu lâcher nos coups, on était joyeux. J’ai une affection inouïe pour ce personnage et ce sera comme ça longtemps je pense.

On ne dirige pas un comédien. A part leur donner l’endroit où se trouve la cantine, comme disait Claude Chabrol- Dominique Farrugia sur son rôle de réalisateur

LCI : Sur le plateau, Dominique Farrugia, c’est quel type de réalisateur ? Très directif ? Beaucoup de choses changent-elle à la dernière minute ?

Louise Bourgoin : Il est très bienveillant et nous laisse proposer beaucoup de choses donc on a envie de lui donner beaucoup. Et finalement, il obtient beaucoup, je crois, grâce à ça, grâce à son caractère. Il n’y a aucune tension, toute l’équipe l’adore et tout se fait assez tranquillement, efficacement. Mais à aucun moment, il n'y a un malaise, des engueulades comme il peut y en avoir souvent sur les plateaux. C’est vrai, souvent il y a des tensions et là il n’y en a jamais. Je ne sais pas comment tu fais d’ailleurs Dominique, t’es sous Tranxene ou… ?

Dominique Farrugia : On a la chance de faire un métier assez formidable. On est payé pour jouer et s’amuser. C’est ce que je voulais faire : moi, continuer à jouer avec mes soldats, mes voitures et mes machins et m’amuser. On est payé pour s’amuser donc si on tombe dans le drame, ça me gonfle. Je travaille beaucoup en amont et je crois qu’on ne dirige pas un comédien. A part leur donner l’endroit où se trouve la cantine, comme disait Claude Chabrol. Le reste, c’est les amener à faire ce dont vous avez envie. Et j’ai la chance d’avoir deux personnes à mes côtés qui sont différentes dans leur approche du travail mais qui vont vers le bien et le mieux. Ce sont des tournages difficiles parce qu’en intérieur. Et cette maison, à un moment, elle me sortait par les yeux, je ne savais plus sous quel angle la filmer, mais c’était super.

Gilles Lellouche : Dominique, sous ses aspects comme ça, est un grand travailleur. Le scénario est redoutablement bien écrit, il a énormément soigné son écriture. On a fait beaucoup de lectures, on s’est mis d’accord tous les trois sur l’humeur, les personnages, etc. Ensuite, une fois qu’on avait défini ce cadre, qui était le sien, à l’intérieur de ce cadre on a été des électrons relativement libres. Et ça, c’est génial ! Parce que vous avez un réalisateur qui vous a donné tous les moyens de pouvoir vous éclater et de vous sentir libre, avec un regard extrêmement bienveillant. Et c’est jouissif. Je pense que, pour nous trois, ce film aura toujours une place à part parce qu’on a eu une expérience de travail assez inédite parce qu’on était connecté, vraiment.

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