M. Night Shyamalan : "Quand j’étais petit, j’avais peur d’à peu près tout"

CINÉMA
INTERVIEW – Alléluia ! Après les très médiocres "Le dernier maître de l’air" et "After Earth", M. Night Shyamalan reprend du poil de la bête avec "The Visit". Le réalisateur de "Sixième Sens" et "Signes" y relate le séjour de deux ados chez leurs grands-parents flippants.

Avez-vous eu des soucis avec vos grands-parents lors d’une visite passée ?
(M. Night Shyamalan éclate de rire et retrouve son sérieux) Le vieillissement est un véritable tabou. Ici et ailleurs, on place les personnes âgées dans des maisons de retraite. (Réflexion) C’est terrifiant de vieillir, de prendre conscience de sa mortalité. La sénilité d’une personne revêt un caractère effrayant. J’ai fait The Visit pour jouer sur ces peurs. L’idée est née il y a 12 ans après qu’on m’a opéré du genou. J’étais immobilisé et ne pensais qu’à des huis clos.

Après deux films de SF, cela vous a-t-il fait du bien de revenir à votre racine : le suspense ?
Oui ! Raconter des thrillers psychologiques me passionne. Le suspense est la chose qui vient le plus naturellement à moi. Cela dit, j’ai tenu à mettre de l’humour dans The Visit, pour obtenir un ton proche de la satire. Comme Scream par exemple, qui est probablement l’un des derniers films mêlant rire et peur.

Le procédé du found footage (principe de la caméra retrouvée, ndlr), que vous utilisez pour la première fois, ne prend jamais le pas sur ce qui vous semble être essentiel : vos personnages… 
Je fais une vraie distinction entre documentaire, ce qui est le cas ici, et found footage. The Visit est un film sur une fille qui fait un film sur sa famille. (Réflexion) Les bons récits n’existent qu’avec de bons personnages. Ils sont la clé de tout. Ma mise en scène s’articule sur eux. Je me considère comme un réalisateur de drame qui pioche dans le cinéma de genre. Je trompe tout le monde en fait ! (rires)    

"Si j’étais resté célibataire, mes histoires n’auraient pas été les mêmes"

Votre jeune héroïne, qui suit ses grands-parents avec sa caméra, est un prolongement de vous, non ?
En effet… Il y a un peu de moi dans les deux enfants, surtout elle : son amour du cinéma, son désir d’en faire son métier, elle est d’ailleurs très prétentieuse par rapport à ça. Je partage le côté entertainer du frère. Mes jeunes acteurs, que j’ai trouvés en Australie, sont géniaux !

Comme souvent dans votre œuvre, la famille est au centre de tout. Pourquoi cette thématique est-elle si présente ?
Peut-être parce que j’ai grandi dans une famille dite nucléaire, très soudée. Mes parents, mes sœurs et moi avons immigrés tôt aux Etats-Unis. Je me suis ensuite marié très jeune et j’ai bâti à mon tour une petite famille. Si j’étais resté célibataire, mes histoires n’auraient pas été les mêmes. Signes serait axé sur un collectionneur de mauvais rencards qui reçoit la visite d’extraterrestres (rires).

Qu’est-ce qui vous fait peur ?
Quand j’étais petit, j’avais peur d’à peu près tout : parler, le noir, les bruits bizarres… Aujourd’hui, je dirais les avions et l’inconnu.

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