Maïwenn : "L’amour, c’est la plus grande drogue de l’histoire de la vie"

CINÉMA

INTERVIEW - Quatre ans après "Polisse", Maïwenn revient avec "Mon Roi", une histoire d’amour flamboyante mais réaliste interprétée par Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot, prix d'interprétation féminine en mai dernier à Cannes. Metronews a recueilli ses confidences en tête à tête… et en chansons.

Il paraît que le titre de votre film est inspiré de la chanson "Toi mon toit" d’Elli Medeiros. Avez-vous songé à l’utiliser dans la BO ?
Non (ferme). J'étais en galère de titre et j’ai été puiser dans les chansons amoureuses que j’aimais. Parmi celles que je me suis chantées, il y avait (elle fredonne) "Toi, toi mon toit, toi toi mon tout mon roi"... Ça fait référence à la façon dont Tony aime son homme au début du film. Mais c’est aussi parce que Giorgio est un roi tout court. Il veut tout contrôler, il veut tout acheter. Il veut que tout le monde soit sous son emprise et puis à un moment donné, il y a la révolution.

On dit beaucoup que cet homme est un pervers narcissique. Est-ce que vous le voyez vraiment comme ça ?
Si on entend ça, ne vient pas de moi. Je n’ai jamais utilisé ce terme-là. Pour la bonne et simple raison que je ne porte pas de jugement sur mes personnages. J’essaie de transmettre des émotions. Après le spectateur exprime ce qu'il a ressenti. Vous savez, on est toujours le pervers de quelqu’un, et le sauveur de quelqu’un d’autre. Et l’ange d’encore quelqu’un d’autre. La seule façon de s’identifier à des personnages, c’est de les montrer contradictoires, plein de démons, plein de luminosité aussi. Comme nous.

Dire que Giorgio est un pervers narcissique réduirait aussi Tony à l’état de victime. Or elle est bien plus que ça, non ?
Bien sûr, elle est très complexe. Pour moi elle d’abord est sous l’emprise de l’amour, la plus grande drogue de l’histoire de la vie. La plus destructrice aussi.

Vous dites avoir porté ce film en vous pendant plus de dix ans. Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? Pour des raisons "techniques" ? Ou d'autres plus personnelles ?
Pour des raisons techniques. En tant que réalisatrice, il y a des sujets pour lesquels on ne sent pas encore mûre. De la même manière que j’ai envie de faire un jour un film de guerre. Sauf qu’il me manque un peu de culture, d’expérience. De savoir-faire. Aujourd’hui j’ai fait mon film d’amour.

"J’avais peur d’être mièvre. Je m’en faisais une montagne"

Le plus compliqué dans ce cas, c’était de parler d’amour ou de faire un film resserré sur deux personnages ?
De parler d’amour. Surtout la partie où ils tombent amoureux. J’avais peur d’être mièvre. Je m’en faisais une montagne. A un moment donné, je me suis dit que pour être le plus vrai possible, pour que ça fasse rêver, il faut être dans le détail. Comme lorsque Tony dévisage Giorgio en boîte, ou qu’elle lui dit qu’elle l’a vu draguer les filles en leur jetant de l’eau à la figure. Ou qu’elle lui confie qu’elle a toujours pensé qu’elle était un mauvais coup. Parce que je suis convaincue que les couples se rencontrent autour d’une complicité très intense.

Ecrire le scénario avec un homme, Etienne Comar en l'occurence, c’était nécessaire ?
Ce que j’ai aimé, c’est le ping-pong d’idées entre nous. Chacun défendait le point de vue de l’homme, l’autre de la femme. Il se trouve que c’était un homme mais j’aurais très bien pu l’écrire avec une femme.

A deux, c’est mieux ?
Depuis que j’ai écrit Polisse avec Emmanuelle Bercot, c’est une façon de travailler qui me plaît. Je passe entre 6 et 9 mois à écrire, tous les matins de 9 heures à 13 heures et je préfère les passer avec quelqu’un. C’est plus marrant.

Après l’écriture, il y a le tournage. Le scénario reste-il figé ou bien évolue-t-il en cours de route ?
On réécrit tout le temps. Je suis sans cesse en recherche, je me demande sans arrêt ce que je pourrais mieux faire. Chaque nouveau film est une nouvelle histoire d’amour. Ce n’est pas parce qu’on en a eu une autre avant qu’on sait mieux s’y prendre. Peut-être qu’on arrive mieux à anticiper et à rebondir. D’un autre côté je me rappelle de mon premier film, Pardonnez-moi : je l’avais tourné avec les sous de mon spectacle et je me sentais libre, plus que sur n’importe quel autre depuis. Le succès vous place dans une espèce de prison dorée. On croît que l’argent solutionne tout alors qu’il induit des obligations. Le fait de rendre des comptes, d’avoir plus de gens à gérer…

"Vincent Cassel séduirait même une chaise"

Parlons de vos deux acteurs. L’alchimie entre Emmanuelle Bercot et Vincent Cassel a-t-elle été instantanée ?
Oui, leur couple a fonctionné tout de suite. Je connaissais bien Emmanuelle, pas Vincent. Lui, il est très très très charmeur. Il séduirait même une chaise ! Une vraie complicité s’est installée entre eux, ils rigolaient beaucoup entre les prises, pendant. Et puis je pense qu’il a vite compris que j’aimais que certains moments échappent aux acteurs. Ce qui est plus difficile en général pour Emmanuelle. Quand il y avait un imprévu dans une scène, un rire par exemple, elle avait tendance à regarder la caméra et à s’excuser. Et moi je lui disais "mais non, il ne faut pas se regarder jouer. Il faut se lâcher". Alors que Vincent, dès le premier jour, s’est senti très à l’aise avec ma façon de tourner. Je l’ai senti très heureux, et du coup très généreux.

Un comédien comme lui propose-t-il de nombreuses versions d’une même scène ? Est-ce un casse-tête au montage ?
Le problème c’est que je le trouvais parfait tout le temps. Il me faisait rire tout le temps, j’étais émue tout le temps. Donc c’était très dur de faire des choix. Tout ça ajouté au fait que j’ai changé d’équipe de montage en cours de route.

Que s’est-il passé ?
J’ai d’abord travaillé avec une équipe qui avait commencé sans moi mais ça n’a pas fonctionné. Une question de feeling, de méthode. Si bien que j’ai tout repris à zéro avec Simon Jacquet avec lequel j’ai bossé non stop pendant six mois.

A l'arrivée Mon Roi raconte une histoire d’amour qui déraille mais ce n’est pas non plus un film "triste". Il y a même beaucoup de scènes très drôles. Est-ce que vous aviez envie de livrer un message d’espoir ?
Je ne donne pas de messages. Jamais. J’aime transmettre des émotions mais je n’ai pas d’idées arrêtées sur les choses. J’ai vraiment essayé de ne pas orienter le spectateur dans un seul sentiment. Certains me disent que Mon Roi est très triste, que Giorgio est toxique, pervers. D’autres comme vous on un avis plus contrasté. Chacun se fait son propre film. C’est ce que j’aime moi en tant que spectatrice.

On a commencé par une chanson, on va finir avec une autre. Les Rita Mitsouko disent que "Les histoires d’amour finissent mal en général". Vous êtes d’accord ?
Tout dépend de ce qu’on appelle finir mal. L’amour, c’est éternel. Je pense que les gens qui se sont aimés s’aimeront toujours. C’est quelque chose d’irréel, de magique. Mais parfois, le mode de vie fait que les gens s’éloignent. Mais l’amour, lui, est là pour toujours.

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