"Merci patron !" : les pieds nickelés contre Bernard Arnault... alors ça donne quoi ?

CINÉMA

LUTTE DANS LA JOIE - Profitant d'un bienheureux effet Streisand après sa censure temporaire par Europe 1, le documentaire de François Ruffin collectionne les spectateurs depuis sa sortie, le 24 février dernier. Metronews est allé voir cet ovni cinématographique, à mi-chemin entre farce sociale et aventures de bande dessinée.

Les Klur, couple de chômeurs du Nord, vivent bien chichement de maigres prestations sociales depuis que l'usine ECCE, où étaient fabriqués les célèbres costumes Kenzo, a fermé ses portes. Jusque-là, le tableau de "Merci patron !" ne paye pas de mine et ressemble à ces reportages qui exposent la misère sociale générée par la course à la réduction des prix. Mais les impressions sont parfois trompeuses.

Bernard Arnault, un coupable à faire payer

Dans ce morne quotidien où on fait d'une "tartine de fromage blanc" un repas de Noël, on se serre les coudes. Et les Klur, menacés d'expulsion faute de pouvoir, avec leurs 400 euros mensuels, payer les traites de leur maison, vont trouver de l'aide de la part d'un drôle de journaliste – le rédacteur en chef du journal Fakir François Ruffin, aussi réalisateur du documentaire –, grâce à l'intermédiaire de leur ancienne déléguée syndicale.

Les compères désignent un coupable : Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, et donc, de Kenzo. Si les Klur sont dans cette misère, c'est de la faute de la première fortune de France (34 milliards en 2015 selon le dernier classement Challenges ), qui a préféré délocaliser ses usines en Bulgarie , histoire de payer un peu moins cher sa main d'oeuvre. Les Klur ont besoin de quelques dizaines de milliers d'euros et d'un emploi à plein temps ? Ruffin va se plier en quatre pour les leur obtenir.

Comment ? En menaçant, via une campagne de presse, de mettre en pièce les prestigieuses "Journées particulières", sorte d'opération  portes ouvertes  où le grand public peut découvrir toute la gamme des savoirs-faires du groupe de luxe . Incroyable, mais vrai : le très précautionneux Bernard Arnault, soucieux de son image, va s'empresser de céder au chantage, en envoyant un ancien barbouze négocier au domicile des deux Ch'tis.

Les Charlots contre le grand capital

Les 87 minutes de film sont l'occasion de franches rigolades devant des situations improbables (imaginez un peu les dirigeants de LVMH terrorisés à l'idée de voir l'assemblée des actionnaires être envahie par des militants en colère ou des Ch'tis invitant Bernard Arnault à un barbecue) où, enfin, le petit parvient à exister face au "gros".

C'est la première force de "Merci patron !". Ruffin ne verse jamais dans le misérabilisme. Malgré les usines désaffectées, le dépit des anciens employés, Ruffin préfère faire sa lutte des classes à la manière d'une comédie des Charlots (dont la chanson "Merci patron !" sert de générique au film) plutôt que d'un drame social sorti de la tête de Ken Loach. Le combat anticapitaliste dans la joie. Comme le dit Ruffin (à qui, en bémol, on reprochera, pour chipoter, son omniprésence face caméra), "on a le droit de militer sans se faire ch***". Pour l'instant, 50.000 spectateurs ont capté le message.

"Merci patron !" de François Ruffin, sorti depuis le 24 février

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