"Mère et fils" : je t'aime, moi non plus

"Mère et fils" : je t'aime, moi non plus

CINÉMA
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CRITIQUE - Dans "Mère et fils", le cinéaste roumain Calin Peter Netzer ausculte la relation amour-haine entre une mère de la bourgeoisie de Bucarest et son fils, accusé d'avoir tué un enfant lors d'un accident. Un drame minimaliste qui dresse un portrait édifiant de la société roumaine. Explications.

"Mon film est centré sur la relation quasi pathologique entre une mère et son fils", confie le réalisateur Calin Peter Netzer. Sobrement baptisé Mère et fils, son troisième long métrage met en scène Cornelia, une sexagénaire de la bourgeoisie roumaine qui mobilise ses connaissances influentes pour éviter à son fils la prison. Mais ce dernier, impliqué dans un accident de voiture ayant coûté la mort d'un enfant, est rebuté par l'aide d'une génitrice qu'il trouve trop possessive. "Le projet est né des discussions que j'ai eues avec mon co-scénariste, Razvan Radulescu, au sujet de nos familles respectives, poursuit le réalisateur. Le personnage principal est semi-autobiographique dans la mesure où on y retrouve un peu de nos mères".

Un cinéma social exigeant

Budget minimal, chronique sociale hyper réaliste, casting impeccable... La recette de Mère et fils a fait mouche au dernier festival de Berlin où Wong Kar Wai, président du jury, lui a décerné le prestigieux Ours d'Or. Sélectionné pour représenter la Roumanie aux prochains Oscars, le drame en question est pourtant décrié sur ses terres par certains parlementaires lui reprochant de véhiculer une image néfaste dudit pays. "L’ambiance correspond à une réalité roumaine qui est traitée en filigrane de l’histoire principale", soutient pourtant Netzer.

Sorte de collision entre une intrigue d'Asghar Farahdi et l'univers du Mother de Bong Joon-ho, cet instantané cru de la Roumanie post-communiste ne caresse jamais le spectateur dans le sens du poil. Ses héros, à commencer par une mère-courage à la fois aimante et castratrice, suscitent très peu l'empathie du public mais finissent, grâce à une mise en scène épurée, par émouvoir. "Le personnage de Cornelia, aux prises avec une famille dysfonctionnelle, peut paraitre antipathique, concède le réalisateur. Mais elle devrait néanmoins émouvoir le public". Affirmatif !

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