Meryl Streep : "Être encore nommée aux Oscars, c'est miraculeux !"

Meryl Streep : "Être encore nommée aux Oscars, c'est miraculeux !"

CINÉMA
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INTERVIEW - A 64 ans, Meryl Streep joue la mère cancéreuse et abusive de Julia Roberts dans Un été à Osage County. Rencontre avec une actrice intelligente et passionnée, nommée pour la 18e fois aux Oscars.

Jouer une marâtre impitoyable, c’est une proposition qui ne se refuse pas ?
Au contraire. Au départ, je n’avais pas très envie de m’infliger autant de haine, de cruauté. Mais ma meilleure amie m’a convaincue en me disant : "Tu as eu une mère formidable et tu ne sais pas ce que c’est que de vivre face à quelqu’un qui veut que tu échoues. C’est ce recul qui te permettra de tirer le meilleur de Violet".

Comment êtes-vous entrée dans la peau de Violet justement ?
En fumant 12 heures par jour alors que je ne suis pas fumeuse : ma gorge était dans un état lamentable. C’était l’enfer : ils avaient condamné toutes les fenêtres de la maison dans laquelle nous tournions et tout le monde suffoquait. Ils me haïssaient tous, ce qui servait évidemment le film. Mais j’étais dévastée.

Et comment échappe-t-on à un personnage aussi terrible ?
Avec un très bon Bourgogne !

"Je sentais la haine des autres personnages à mon égard"

Y avait-il tout de même un certain plaisir à jouer les peaux de vache ?
Il y a parfois une libération à jouer sans filtre, sans compassion. Mais la plupart du temps, c’était terrible à vivre : mes partenaires étaient très convaincants et je sentais la haine des autres personnages à mon égard. Tous me regardaient comme un fardeau ou leur pire cauchemar.

Parlez nous de cette scène incroyable de repas familial qui vire au règlement de compte...
Elle dure 18 minutes et j’ai dû la jouer près de soixante fois : c’était digne d’une épreuve olympique d’endurance. J’ai ressenti à ce moment-là le poids des années ! Mais je me sentais responsable du bon déroulement de cette séquence car tous les regards convergeaient vers moi.

Ce rôle vous vaut une 18e nomination aux Oscars. Toujours flattée ?
Et reconnaissante. Une nomination, c’est un encouragement pour la suite, une façon de vous dire qu’on a découvert une nouvelle facette de votre travail. A mon âge, c’est miraculeux.

"Je devrais peut-être apprendre à me taire"

Lors d’un récent discours, vous auriez accusé Walt Disney d’être sexiste et antisémite. Le regrettez-vous ?
Ce que je regrette, c’est que mes propos aient été déformés. Je rendais hommage à Emma Thompson qui joue P.L. Travers , l’auteur de Mary Poppins dans le fim Dans L’ombre de Mary. Quand j’ai parlé de sexisme et d’antisémitisme, je faisais référence à la relation entre Disney et la romancière, aux a priori qu’ils avaient l’un envers l’autre, basés sur leur sexe, leurs origines, leur religion... Je ne parlais en aucun cas de ce que moi, Meryl Streep, je pense de Disney ! Ca a été mal interprété. Je devrais peut-être apprendre à me taire mais c’est plus fort que moi : il faut que je parle.
 

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