"Mother !" : le réalisateur de "Black Swan" et "Requiem for a dream" poursuit les films intenses

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EXPERIENCE - Darren Aronofsky, cinéaste américain à qui l'on doit quelques-uns des plus grands films de ces dernières années ("Pï", "Requiem For A Dream", "The Wrestler"), revient avec "Mother !", un thriller psychologique avec Jennifer Lawrence et Javier Bardem. Ceux qui connaissent ses précédents longs métrages savent de quoi il est capable et on peut s'attendre à une claque cinématographique.

Avant de voir Mother!, il importe de jeter un oeil sur la filmographie de Darren Aronofsky pour saisir d'où vient cette appétence pour les films tripaux. Ce n’est qu’après son entrée à l’université qu'Aronofsky découvre qu’il existe un cinéma en dehors d’Hollywood. Au ciné-club, il admire le souci de perfection de Jean-Luc Godard et découvre La Dolce Vita (Federico Fellini, 1960) et Yojimbo (Akira Kurosawa, 1961), qui deviennent deux de ses films préférés. Dans un premier temps, il étudie les techniques de l’animation à Harvard et tourne le court métrage Supermarket Sweep (1991) – ce qui lui permet d’entrer à l’American Film Institute, de rencontrer Hubert Selby Jr. et de décrocher une maîtrise. 


Pendant cette période, il signe Protozoa (1993), un concentré d’angoisse et d’adrénaline, préfigurant la punkitude de ses premiers films. 

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Bande annonce "Pi"

PI (1999)


Histoire: un mathématicien, persuadé que l’univers est régi par des nombres, cherche Dieu à travers les chiffres. Dans cette quête d’absolu, il sombre dans la folie avant la guérison. 


Pi, le premier film de Darren Aronofsky, se monte en deux ans (tournage en 28 jours, un an de montage), et remporte le Prix de la mise en scène au festival de Sundance en 1998. A l’écran, le résultat ressemble à un mélange de Tetsuo (Shinya Tsukamoto, 1989) et de Eraserhead (David Lynch, 1977). La réalisation épouse la subjectivité du mathématicien fou (on ressent ce qu’il voit ou fantasme). Lorsqu’il regarde une feuille ou une tasse de café, il en voit la structure moléculaire sous forme de spirale (et la caméra nous le montre). A la fin, on sait qu’il est guéri de son idée fixe lorsque la feuille qu’il regarde est filmée normalement. Super bad trip.

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Bande annonce "Requiem for a dream"

REQUIEM FOR A DREAM (2001)


Histoire: Harry Goldfarb est un junkie. Il passe ses journées en compagnie de sa petite amie Marion et son copain Tyrone. Ensemble, ils s'inventent un paradis artificiel. En quête d'une vie meilleure, le trio est entraîné dans une spirale infernale qui les enfonce toujours un peu plus dans l'angoisse et le désespoir. La mère d'Harry, Sara, souffre d'une autre forme d'addiction, la télévision...


Cette adaptation d’un roman de Hubert Selby Jr. (Retour à Brooklyn, 1978) a réclamé une telle énergie qu’Aronofsky a dû abandonner un projet qu’il avait initié parallèlement (Abîmes, 1999). Nourrie par la noirceur de l’écrivain, qui a collaboré à l’écriture du script, cette descente aux enfers convulsive relate des histoires de dépendance chez quatre personnages qui tendent à s’éloigner et se consument, chacun à sa façon. Ils partagent un rêve mais cette quête du bonheur se transforme en cauchemar. Il y a une première phase d’euphorie, puis l’horreur d’avoir à la combattre, puis l’effondrement. Requiem For A Dream appartient à cette catégorie de films rares qui rendent malade, obligeant le spectateur à prendre sa respiration et à regarder les personnages s'éloigner, loin de lui, sans pouvoir leur venir en aide. Terrible.

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Bande annonce "The Fountain"

THE FOUNTAIN (2006)


Histoire: Un scientifique est à la recherche d’un traitement pour sauver sa femme d’un cancer. Imperceptiblement, il finit par confondre l’espace et le temps, le passé et le présent, et se perd par amour. 


Involontairement ou non, The Fountain, qu’Aronofsky a souvent décrit comme un "film de science-fiction métaphysique et post-Matrix" marque la fin de ses illusions. Brad Pitt qui devait incarner le rôle principal, aurait été découragé par la complexité du scénario. Cate Blanchett quitte le navire à son tour. Alors qu’elle lui proposait un budget de 100 millions de dollars, la Warner baisse les enchères à 30 millions de dollars. Le projet meurt à petit feu, jusqu’à ce qu’un éditeur de DC/vertigo (filiale de Warner) propose de transformer le scénario en graphic novel. Plus tard, la Warner revient vers Aronofsky et l’oblige à réécrire le scénario en limitant le coût des effets spéciaux et en trouvant un nouveau casting. Une fois le film achevé, la Warner reste perplexe et vend le film sans y croire. En salles, c’est un échec avec seulement 12 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis. S'agit-il pour autant d'un nanar? La réponse est évidemment non... 

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Bande annonce "The Wrestler"

THE WRESTLER (2009)


Histoire: Un catcheur en quête de rédemption mène sa vie entre des combats minables, une strip-teaseuse paumée et une fille junkie qu’il a abandonnée.


Obligé de rebondir après l'échec commercial de The Fountain, Aronofsky est contraint de se remettre en question. Ce sont Wild Bunch et Fox Searchlight qui viendront à sa rescousse. Réputé pour un style qui privilégie les effets de prise de vue et de montage, il sublime un argument classique du cinéma américain (grandeur et décadence). Mickey Rourke, monument effondré depuis la nuit des temps, réputé capricieux sur les plateaux de tournage, y est impérial. Les connotations mystiques disséminées dans le récit (la coiffure proche du Jésus cradingue, le saut de l’ange lors du dernier match ou une référence très explicite à La passion du Christ) l’assimilent à un super-héros qui répète chaque jour sa gueule de bois et aurait perdu tous ses pouvoirs. Une sorte de Superman qui aurait oublié de voler. 

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Bande annonce "Black Swan"

BLACK SWAN (2011)


Histoire: Rivalités dans la troupe du New York City Ballet. Nina est prête à tout pour obtenir le rôle principal du Lac des cygnes que dirige l’ambigu Thomas. Mais elle se trouve bientôt confrontée à la belle et sensuelle nouvelle recrue, Lily...

A mi-chemin entre Les chaussons rouges (Michael Powell, 1948) et Perfect Blue (Satoshi Kon, 1998), Black Swan se présente comme le pendant féminin de The Wrestler. En virtuose de la caméra subjective, Aronofsky entre dans la tête d'un personnage dont l'espérance de vie est menacée par une obsession maladive pour la perfection et la transcendance. Comme le gladiateur Mickey Rourke, la ballerine Natalie Portman consume son corps et son âme par amour de l'art. La représentation de la schizophrénie ne se limite pas à des jeux de miroir, des masques, des doubles ou des symboles (le bélier dans The Wrestler, le cygne dans Black Swan). Elle atteint une dimension plus troublante et organique que prévu, en s'exprimant dans la rouille intime, la frustration sexuelle et la métamorphose physique. 


La noirceur dévaste tout sur son passage, jusque dans l'évanouissement lyrique des vingt dernières minutes, où la démence prend une telle densité qu'on pourrait marcher dessus. Black Swan s'impose comme un électrochoc sensoriel et opératique. Une chute en forme d'ascension, transfigurée par un miracle : Natalie Portman, possédée et maîtresse d'un corps en pleine mutation, freak sublime qui tournoie comme une marionnette ivre et prend une dernière respiration avant de rejoindre le cimetière des rêves. 

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Bande annonce "Noé"

NOE (2014)

Histoire: Dans un monde rongé par le pêché des hommes, Noé se voit confier une mission divine : construire une arche pour sauver l’humanité du déluge. 


Aux commandes d'un blockbuster de 130 millions de dollars, difficile de faire de l’underground. On retrouve dans Noé la noirceur, l’angoisse et l’ambiguïté inhérentes au cinéma d’Aronofsky avec, en plus, une qualité de conteur universel. Une variation alternative et personnelle, naïve et iconoclaste d’un récit connu de tous réévaluant la spiritualité comme l’utopie. Par chance, la seule croyance qui prévaut ici, c’est celle du cinéma – et donc une foi en la puissance des images. On peut aussi considérer Noé comme un film de super-héros originel et spiritualiste empruntant beaucoup à l’heroic fantasy. Courageuse, cette super-production de Darren Aronofsky s'avère un monstre de film. Peut-être même le dernier de son espèce. Raison de plus pour le protéger.

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Mother ! : la bande-annonce VOST

MOTHER! (2017)


Histoire: Un couple voit sa relation remise en question par l'arrivée d'invités imprévus, perturbant leur tranquillité.  


De la même façon que nous n’avons pas oublié les précédentes expériences tripales de Darren Aronofsky, on ne devrait pas oublier la descente aux enfers de Mother! Dans un registre noir et inédit pour elle, Jennifer Lawrence devrait surprendre (au minimum) et les cinéphiles les plus nostalgiques seront ravis de retrouver la trop rare Michelle Pfeiffer dans une production actuelle. Verdict au cinéma le 13 septembre. 

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