"Noé" : l'impressionnante odyssée d'un héros tourmenté

"Noé" : l'impressionnante odyssée d'un héros tourmenté

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CRITIQUE - Le 9 avril prochain, Darren Aronofsky proposera sa vision de Noé et du déluge. Une relecture sombre et spectaculaire que le réalisateur de "Black Swan" a eu du mal à imposer.

Garder sa patte d'auteur tout en composant avec les diktats hollywoodiens. Voilà une situation à laquelle Darren Aronofsky n'était pas coutumier. Logiquement intronisé cinéaste majeur avec cinq films seulement, le quarantenaire américain s'est lancé dans le défi le plus intense de sa carrière en portant à l'écran l'épopée du patriarche biblique Noé. Tiraillé entre des producteurs omniprésents – le film a coûté 130 millions de dollars – et des critiques qui ont sailli dès les prémices du projet, l'intéressé s'est pris des vagues séditieuses en pleine tronche pour nous livrer ce bloc de bravoure.

Bien sûr, des plus croyants aux agnostiques en passant par les athées, chacun ira de son commentaire pour discuter les menus détails de cette relecture. Certains pays sont même allés jusqu'à interdire le film sans même l'avoir vu. Preuve que le mariage entre la religion et le cinéma se fait rarement sans accrocs. Noé ne délogera pas aux polémiques, qui risquent de fleurir dans les semaines à venir puisque Darren Aronofsky a évité de livrer une transposition littérale de la Genèse. Artiste avant tout, il a en effet tenu à présenter sa vision du récit du déluge tout en brossant le portrait d'un héros tourmenté.

Un déluge impressionnant

Après une phase d'exposition honnête où Dieu ordonne à Noé (impressionnant Russell Crowe) de construire une arche pour sauver sa famille et l'espèce animale, ce blockbuster auteurisant se concentre sur la fabrication. Autour de la figure paternelle et aimante, femme et enfants mettent du cœur à l'ouvrage, tous aidés par des anges gigantesques bâtis en pierre. Alors que serpents, éléphants et autres bêtes élisent domicile dans le navire, les descendants de Caïn, qui ont semé le désordre dans le monde, débarquent avec des intentions belliqueuses.

C'est bel et bien au moment du déluge que Noé décolle véritablement. En évitant de tomber dans le piège de la surenchère visuelle, Aronofsky orchestre une séquence impressionnante et maîtrisée. Il prend le spectateur aux tripes, le secoue pour l'emmener vers ce qui l'intéresse le plus : la révolution intime qui se joue dans les entrailles de son protagoniste. D'abord bienveillant, ce Noé-là, que beaucoup contesteront à cor et à cri, se mue en une figure shakespearienne ravagée par des dilemmes moraux. Autant d'interrogations existentielles qui éclaboussent sur ses proches.

Drame intimiste avant tout

En scannant le drame intime et familial qui se joue dans l'arche, le réalisateur se repose fidèlement sur sa BD originelle et convoque tous les thèmes qui ont fait le sel de son cinéma. Les corps changent, se transforment, les idées avec. Les personnages évoluent, pour le meilleur ou le pire. Le suspense demeure et charrie avec la force d'une tornade les notions de sacrifice, d'obsession, de pugnacité. Somme toute, Noé ressemble aux autres (anti)héros d'Aronofsky, ces jusqu'au-boutistes qui se cognent contre leurs convictions, blessent les autres et héritent d'importants stigmates.

On pourrait lui reprocher son scénario sur-symbolique et ses acteurs un peu trop dirigés. Mais ça serait faire la fine bouche devant ce spectacle d'envergure où chaque personnage trouve sa place. Jennifer Connelly brille en mère-courage, Emma Watson livre la meilleure performance de sa carrière et Logan Lerman dit les plus grands discours avec la seule force de son regard. Au final, après le brillant Black Swan, le pari est réussi haut la main. Spectacle total un brin emphatique, Noé multiplie les fulgurances et séduit... A condition de lâcher prise et de s'abandonner au récit.

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