VIDEO - Oliver Stone : "Obama, c’est une version plus intelligente de Bush"

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INTERVIEW – Le réalisateur militant de "Né un 4 juillet", "JFK" et "W" renoue avec le cinéma engagé. Dans "Snowden", Oliver Stone brosse le portrait humain et politique du lanceur d’alerte qui, en 2013, rendait publique des informations classées "top secret" sur le programme de surveillance des services de renseignement américains. Rencontre.

LCI : Vous donnez un visage humain à Snowden, au-delà du lanceur d’alerte. C’était là votre objectif premier ?

Oliver Stone : Absolument. Nous voulions raconter l’histoire de son point de vue, ce qui n’avait jamais été fait. Je suis allé le voir neuf mois à Moscou et il a partagé avec nous des informations précieuses que personne n’avait jamais entendues. En 2013, il avait parlé à des journalistes à Hong Kong en leur laissant ensuite la responsabilité de transmettre et de traduire des données très techniques, difficiles à digérer quand on ne fait pas partie de ce monde. Avec mon film, conté à travers ses yeux, vous vous mettez à sa place et vous comprenez davantage ce qu’il a fait.

LCI : Mais n’y avait-il pas un risque d’être partie prenante en travaillant si proche de lui ?

Oliver Stone : Bien sûr que si. Peut-être ai-je tout faux d’ailleurs, peut-être tout cela n’est–il que fiction. Mais Ed est mesuré, réaliste, a les pieds sur terre et aime son pays. Il est d’ailleurs très contrarié qu’on puisse le dépeindre comme un traitre. Il ne faut pas oublier qu’il a fait ses révélations sans rien demander en retour, en expliquant ses motivations. Mais les gens veulent tuer le messager pour tuer le message.

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Interview : Oliver Stone

LCI : Quel était votre point de vue sur l’affaire quand elle a éclaté ?

Oliver Stone : Je me suis tout de suite dit que quelque chose de louche se passait en raison du passif de l’administration Bush qui est l’une des pires que nous ayons eue. Et j’ai été choqué par l’ampleur des révélations d’Ed sur ce programme de surveillance global au sein des entreprises, des corporations, du gouvernement, mais aussi de nos foyers. C’est une menace réelle. A l’international également : quand vous êtes en conflit avec un autre pays, plus vous avez d’informations, plus vous pouvez l’atteindre. [...] Nous espérions que les choses changeraient avec l’administration Obama mais à tort : c’est Bush en plus intelligent. Il a augmenté la surveillance, la guerre cybernétique, les exécutions aux drones.... C’est très triste. Les médias américains essaient de faire passer la pilule en vous expliquant pourquoi il a raison d’agir ainsi mais, sur moi, ça ne prend pas.

Selon moi, ce que Snowden a fait est d’utilité publiqueOliver Stone

LCI : Considérez-vous les lanceurs d’alerte comme les nouveaux idéalistes ?

Oliver Stone : Pour certains, oui. Cela dépend de ce sur quoi ils lancent l’alerte. D’ailleurs, parfois ce qu’ils ont à dire est si choquant que les gens ne veulent pas l’entendre. En 2002 par exemple, Time a élu les lanceurs d’alerte comme personnalités de l’année. Mais le magazine est acquis à l’establishment et quand Snowden a fait ses révélations, ils ne l’ont pas soutenu : cela allait à l’encontre de "l’empire". De la même façon, il y a 45 ans, quand Daniel Ellsberg avait fourni les Pentagon Papers à la presse (sur les décisions du gouvernement américain pendant la guerre du Vietnam, ndlr), il avait été considéré comme le méchant. Selon moi, ce que Snowden a fait est d’utilité publique.

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Interview : Oliver Stone

LCI : Pensez-vous que le film puisse éveiller les consciences ?

Oliver Stone : Je l’espère. J’ai expliqué les choses le plus simplement possible mais c’est une affaire très complexe. Il faudra du temps pour absorber ces informations et adopter un nouveau système de pensée.

LCI : Et pensez-vous que les choses puissent changer avec un autre gouvernement ?

Oliver Stone : Je suis un optimiste. Mais, en ce moment, les Etats-Unis sont sur la voie de la guerre et de l’agressivité. J’aimerais voir un candidat pour la paix dans mon pays.

LCI : Trump ferait-il selon vous un bon personnage de cinéma ?

Oliver Stone : Je m’intéresse aux histoires qui me semblent importantes. Et Trump, ce n’est que de la mauvaise télé réalité. En ce moment, aux Etats-Unis, les candidats se disputent sur leurs personnalités mais ne débattent en rien de la surveillance, des guerres, des changements climatiques...

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Interview : Oliver Stone

LCI : Etes-vous devenu paranoïaque après avoir fait ce film ?

Oliver Stone : Je l’étais déjà ! J’ai toujours essayé de voir au-delà des infos officielles. J’utilise des sources alternatives autant que possible, notamment pour avoir le point de vue d’autres pays. Mais, aujourd’hui, pour moi, l’important est que mon film existe : ils ont tenté de l’empêcher dans mon pays, aucun studio ne m’a aidé. Mais, dieu merci, les Français et les Allemands m’ont soutenu !

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Bande annonce : "Snowden"

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