Oscars 2014 - "Gravity" : mais qui êtes-vous, Señor Alfonso Cuarón ?

Oscars 2014 - "Gravity" : mais qui êtes-vous, Señor Alfonso Cuarón ?

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PORTRAIT – A 51 ans, le cinéaste mexicain Alfonso Cuarón s'est envolé vers les sommets du box-office avec "Gravity", un film de science-fiction à la fois spectaculaire et intimiste, qui pourrait bien décrocher une moisson d'Oscars, dimanche soir au Dolby Theater de Los Angeles. L'issue heureuse d'une incroyable aventure humaine et cinématographique pour ce personnage discret mais attachant. Metronews l'a rencontré.

Avant Gravity, des millions de gens ont vu un film d'Alfonso Cuarón sans (presque) le savoir. C'était Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, le troisième volet de la saga inspirées des romans de J.K. Rowling. Un méga succès au box-office, mais sans doute le film le moins personnel de son auteur, ancien étudiant en philosophie et assistant réalisateur à la télé à ses débuts. Né à Mexico, en 1961, ce fils d'un physicien nucléaire fait partie d'une génération de cinéastes qui a remis son continent en bonne place sur la carte de septième art mondial, au début des années 1990, l'instar de ses compatriotes Alejandro González Iñárritu et Guillermo Del Toro.

Après deux films dans son pays, Alfonso Cuarón prend une première fois la route de Hollywood en 1998 pour réaliser De grandes espérances, une adaptation moderne du roman de Charles Dickens avec Ethan Hawke et Gwyneth Paltrow. Une expérience en demi-teinte, qui le pousse à rebondir au Mexique en 2001 avec Y Tu Mama Tambien, un road movie sexy qui va révéler un duo d'acteurs bientôt incontournables, Gael Garcia Bernal et Diego Luna. La même année, il signe donc Harry Potter 3, une grosse machine qui lui permet de voir venir...

Les Fils de l'homme, déjà un chef-d’œuvre

Et de réfléchir à son premier film de science-fiction, Les Fils de l'homme, une adaptation du roman d'anticipation de l'auteure britannique P.D. James, interprétée par Clive Owen, qui ne va pas soulever les foules dans l'instant. Mais devenir culte auprès des fans du genre, notamment en raison d'un incroyable plan séquence lors de sa dernière partie. "Il y a des films qui cartonnent à leur sortie, et qu'on oublie aussi vite", avoue le cinéaste à Metronews. Et d'autres que personne ne va voir à leur sortie et don tout le monde parle des années après. Les Fils de l'homme en fait partie."

A cette époque, Alfonso Cuarón n'imagine sans doute pas qu'il va mettre sept ans à réaliser son prochain long-métrage. En 2009, il doit tourner A Boy and His Shoe, un drame en anglais avec Charlotte Gainsbourg et Daniel Auteuil. L'abandon surprise du projet plongera le cinéaste dans un abîme de perplexité dont le sortira son fils, Jonas.

Obsédée par l'idée de "pur" cinéma

Ce jeune trentenaire, également cinéaste, lui propose de raconter l'histoire d'un astronaute, à la dérive dans l'espace. "Je me suis toujours méfié de l'histoire au cinéma, et de la narration en particulier", raconte Alfonso. "Mon fils savait que j'étais obsédée par l'idée de "pur" cinéma. Nous avons écrit Gravity ensemble, avec l'idée qu'il soit à la fois une expérience qui scotche le spectateur à son siège, tout en racontant une histoire émouvante".

Le réalisateur, qui sort d'une période difficile, tant personnellement que professionnellement, en profite pour "glisser des métaphores visuelles qui véhiculent des thèmes forts, comme celui de la renaissance d'un individu face à l'adversité. Si bien qu'on peut regarder Gravity comme un pur rollercoaster d'émotions, mais aussi y voir une exploration des grands thèmes de la vie. Cette mystérieuse force que certains appellent spiritualité, d'autres la biologie."

"C'est la fin de ma carrière"

Reste que l'aventure Gravity prendra du temps. Cinq années au total, de la plume à la salle, ponctuée par une multitudes de déboires techniques. "Au bout d'un moment, on ne parlait plus de problèmes mais de "débris", comme dans le film", confie-t-il. "Beaucoup de ces 'débris' résultent d'un mauvais calcul de ma part. J'ai fini le script et j'ai cru que ce serait un film intimiste avec des effets spéciaux très simples. Sauf que lorsqu'on a commencé à tourner, rien ne fonctionnait. Et il a donc fallu inventer de nouveaux outils. Parfois, on réservait un plateau de tournage avant de découvrir, la veille, que rien fonctionnait. Dans ces moments-là, je me suis souvent dit 'c'est la fin de ma carrière'.

Avec déjà plus de 300 millions de dollars de recettes au box-office mondial, et la promesse d'une pluie d'Oscars au printemps prochain, le Mexicain ne devrait pas se faire de souci pour la suite. Il a cosigné Believe, une série pour Bad Robot, la société de production de J.J. Abrams. Et devrait essayer de s'accorder un peu de repos. "Suis-je heureux ?", s'interroge-t-il. "Si un renard est pourchassé par des chiens pendant cinq ans, et que finalement il réussit à leur échapper, est-ce qu'on peut dire qu'il est heureux ? Non, il est juste soulagé ! Heureux, c'est lorsqu'il joue avec les autres renards dans la forêt. (Rires)."

Les compliments de James Cameron

Quid des compliments de James Cameron, qui a qualifié Gravity de "meilleur film sur l'espace" de tous les temps ? "Je crois qu'il a oublié 2001 de Stanley Kubrick, l'un des meilleurs films de l'histoire dans l'espace. Et de l'histoire du cinéma tout court, sourit Alfonso Cuarón. "Mais je suis très reconnaissant envers Cameron. Très tôt, lorsqu'on m'a dit que Gravity était impossible, lui m'a dit 'non, aucun film n'est impossible'. Il s'agit juste de trouver les bons instruments pour y arriver. Je l'ai revu il y a quelques semaines et il m'a dit : tu vois, Alfonso, tu as réussi à faire ton film. Le seul truc que je ne t'avais pas dit, c'est que tes cheveux allaient devenir gris !"
 

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