Oscars 2017 : "Elle", un excellent choix pour représenter la France

Oscars 2017 : "Elle", un excellent choix pour représenter la France

BRAVO – Dix ans après "Black Book", le réalisateur Néerlandais Paul Verhoeven nous a réjouis cette année avec "Elle", thriller pervers tourné en France avec une Isabelle Huppert au-delà des superlatifs. Le fait que ce monument d’ambiguïté représente l’Hexagone pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère constitue non seulement un motif de réjouissance mais aussi un bonheur d’ironie.

La bonne nouvelle est tombée hier : Elle de Paul Verhoeven représentera la France pour l’Oscar du meilleur film étranger lors de la prochaine cérémonie le 26 février 2017, damnant le pion à une short-list assez morne (Frantz de François Ozon, Cézanne et moi de Danièle Thompson, Les Innocentes d’Anne Fontaine). Merci donc au comité de sélection formé par Lea Seydoux, Eric Toledano, Sandrine Bonnaire, Jean-Paul Salome, Thierry Fremaux, Frédérique Bredin (présidente du CNC), Alain Terzian (président de l’Académie des César) et Teresa Cremisi (présidente de la commission d’avance sur recette) de permettre, non sans ironie, au cinéaste néerlandais d’être enfin reconnu par l’Académie des Oscars et donc les professionnels de la profession, 21 ans après son avalanche de Razzies pour le réévalué Showgirls. Des Razzies qu’il était d’ailleurs venu chercher sur scène. 

Ce thriller, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes et sorti dans les salles en mai dernier, raconte comment une femme (Isabelle Huppert) en état de faiblesse va brusquement se réveiller et prendre sa revanche sur le monde perverti qui l’entoure: entre une mère botoxée (Judith Magre), un ancien mari déprimé (Charles Berling), un couple de voisins cathos (Virginie Efira et Laurent Lafitte) trop sages pour ne pas être louches, un fils en mal de paternité qui aspire à la normalité tout en se faisant malmener par une garce de petite amie (Alice Isaaz, idéalement bitchy), et un futur ex-amant qui n’est autre que le mari de sa meilleure amie (Anne Consigny). 

Dix ans après Black Book qui marquait le retour du Hollandais violent au bercail, Elle, adaptation d’un roman français (Oh! de Philippe Djian), confronte Paul Verhoeven à un contexte français. A la base, il voulait tourner ce thriller aux États-Unis mais impossible de transposer une histoire aussi amorale là-bas (plus maintenant, plus avec sa réputation) et comme impossible n’est pas français. C’est là où il est encore possible de tout bousculer, de carburer au second degré, au sarcasme comme à l’ironie vacharde. La première idée géniale de Elle consiste à résoudre illico l’enjeu du thriller (on apprend très vite l’identité de l'agresseur). Peut-être pour mépriser des conventions, plus assurément pour dire qu’il s’agit d’un simple argument et que ce n’est pas le réel sujet de Elle, plus complexe qu’il n’y paraît. 

Huppert bien

Aussi, en dépit de la catégorisation vendeuse du film en thriller érotique pervers, Elle tient de la farce dopée au mauvais esprit Hara Kiri et, dans son refus d’élire un genre déterminé, affirme une volonté de prendre à contre-pied les expectatives, de «réveiller» le spectateur endormi jusque dans l’agression visuelle et sonore qu’il subit au gré des inserts de jeu vidéo tonitruant. Comme pour nous dire: This is not another french movie. De la même façon que, dans sa densité, Elle drague des problématiques profondes, au bord du malaise: l’atavisme familial, le joug de l’héritage, la quasi impossibilité de s’extraire d’une lignée de psychopathes, la nécessité d’assumer sa part de monstruosité. 

Sinon, combien d’actrices en France peuvent se permettre, et assumer en regardant tout le monde droit dans les yeux, cette prise totale de risque? Une seule, la meilleure: Isabelle Huppert qui, des années après nous avoir ébloui dans La Pianiste de Michael Haneke, s’impose une fois encore au-delà de tous les maigres superlatifs. Aussi, comment ne pas se réjouir d’un tel niveau d’entente avec Verhoeven, ce fringant septuagénaire définitivement libre et politiquement incorrect qui vient tourner en France pour notre plus grande fierté? Interrogé au dernier Festival de Cannes sur le risque de trahison que court toujours un auteur de roman lorsqu'il est adapté au cinéma, l'écrivain Philippe Djian a qualifié Isabelle Huppert de "trahison merveilleuse".

Patience, toutefois

Rien n'est gagné, cependant. La course est longue pour l'Oscar du meilleur film étranger. 

Les pays font chacun leur proposition, puis l'Académie des Oscars publie en décembre une première liste de films sélectionnés, neuf l'an dernier sur 81 films présentés au départ. En janvier, elle publie une sélection finale de cinq concurrents.  

L'an dernier, le film proposé par la France, Mustang de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Erguven, figurait dans cette sélection finale. C'est finalement le film hongrois Le Fils de Saul de Laszlo Nemes qui l'avait emporté.
  

La 89e cérémonie des Oscars aura lieu le 26 février 2017. La liste complète des nominations sera dévoilée le 24 janvier. La France n'a pas remporté l'Oscar du meilleur film étranger depuis 1993. Elle avait alors été récompensée pour "Indochine" de Régis Wargnier, avec Catherine Deneuve.

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