"Otages à Entebbe" : un thriller politique implacable par le réalisateur de la série "Narcos"

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NOTRE AVIS – Mis en scène par José Padilha, le réalisateur brésilien de la série "Narcos", le thriller politique "Otages à Entebbe" retrace une date clé du conflit israélo-palestinien en renvoyant les différents protagonistes dos à dos. Efficace et audacieux.

C’était il y a plus de 40 ans. Mais la prise d’otages d’Entebbe reste encore brûlante d’actualité. Le 27 juin 1976 précisément, quatre terroristes pro-palestiniens, dont deux Allemands, détournent sur l’Ouganda un avion d’Air France reliant Tel-Aviv à Paris avec 246 passagers à son bord. Débute alors une attente interminable de 7 jours au cours de laquelle les autorités israéliennes se déchirent en interne. Faut-il transiger et accepter de négocier avec les terroristes qui réclament la libération de plusieurs de leurs camarades ? Ou mener l’assaut au risque de faire de nombreuses victimes ?


 L’Opération Entebbe a déjà fait l’objet de trois fictions, dont un téléfilm mis en scène par Irvin Kershner, le futur réalisateur de "L’Empire contre-attaque", avec Charles Bronson dans le rôle du militaire à la manœuvre. Tous ont mal vieilli, ce qui justifie, en partie, la relecture des faits par le cinéaste brésilien José Padilha. Sur la forme, l’auteur du controversé "Troupes d’Elite" et de la série "Narcos" a choisi l’option thriller implacable. Sur le fond, le scénario du dramaturge anglais Gregory Burke a un objectif clair : refuser tout manichéisme dans la présentation des faits et questionner les motivations des différents protagonistes. Quitte à les renvoyer dos à dos.

Daniel Brühl impeccable, Rosamund Pike inquiétante

 Le personnage de l’Allemand Wilfried Böse (impeccable Daniel Brül) incarne à lui tout seul cette approche nuancée, au risque de la controverse. Tandis qu’il perd le contrôle de l’opération au détriment des terroristes arabes, et de sa camarade, Brigitte Kuhlmann (la star de "Gone Girl" Rosamund Pike, inquiétante au possible), cet éditeur, membre des Cellules révolutionnaires, prend sous son aile l’une des otages, ancienne déportée juive, et se lie d’amitié avec Jacques Lemoine (Denis Menochet), un membre de l’équipage français qui interroge sa définition toute personnelle de l’héroïsme.

La partie israélienne du film se partage entre la mise en scène de la rivalité feutrée qui oppose le Premier ministre Yitzhak Rabin (Lior Ashkenazi) au Ministre de la Défense Shimon Peres (Eddie Marsan), et le drame intime d’un jeune militaire, contraint de choisir entre son engagement et son couple. Sa compagne, danseuse contemporaine, fait partie d’une troupe dont la chorégraphie ponctue la montée du suspense jusqu’à l’assaut final. Ces séquences inattendues, joliment exécutées, donnent à "Otages à Entebbe" une dimension bizarrement poétique qui dépasse le cadre du simple film de genre. On aime.

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