"Ouragan" : une impressionnante plongée dans l'œil du cyclone

"Ouragan" : une impressionnante plongée dans l'œil du cyclone

CRITIQUE – L’homme n’est rien face à la colère de la nature. Le documentaire "Ouragan", en salles ce mercredi, nous le rappelle habilement. On y découvre le voyage coléreux de Lucy, phénomène climatique qui a mis à genou les hommes, de Porto-Rico à la Louisiane. L'expérience est à vivre sur grand écran !

Saint-Louis, Sénégal. Les habitants, désespérés par la sécheresse, considèrent le firmament, guettant fébrilement l’arrivée de nuages gorgés d’eau. Peut-être ont-ils en tête ce fameux proverbe africain : "Au bout de la patience, il y a le ciel". Et cette fois, alléluia, il porte dans son immensité la pluie de mousson, drue, joyeuse, vitale. L’espérance revient, les terres s’enivrent au terme de mois de disette, la vie reprend ses quartiers. Pourtant, de cette offrande de la nature éclot aussi des colosses : les ouragans.

Les réalisateurs Cyril Barbançon, Andy Byatt et Jacqueline Farmer en racontent là une des odyssées, à la fois banale et titanesque. D’abord nouveau-né, criant sans fracas en Afrique de l’ouest. Puis monstre invisible après avoir parcouru, en se renforçant, plus de 15.000 kilomètres au-dessus de l’Océan Atlantique. Afin de matérialiser à l’écran (et en 3D) la naissance et la mort de Lucy, doux sobriquet d’un cataclysme effroyable, cinq années ont été nécessaires (dont 300 jours de tournage).

Ouragan narcissique

Il a fallu en effet suivre pas à pas l’itinéraire transcontinentale de la tempête en tapant aux portes des météorologues les plus aguerris : au Sénégal, au Porto-Rico, à Cuba ou en Louisiane. Un voyage démesuré à la mesure de la passion d’une équipe technique courageuse qui, pour l’occasion, s’est dotée de redoutables caméras tout-terrain (air, terre, mer) méticuleusement élaborées. Mieux : la NASA a même accepté de collaborer à la bonne tenue de ce projet ambitieux, offrant ça-et-là de puissantes images satellitaires.  

En filigrane de ce spectacle -dont les images célestes n’ont rien à envier aux productions-catastrophes de Roland Emmerich- souffle par ailleurs une voix-off (celle de Romane Bohringer) inspirée de textes méconnus signés Victor Hugo. L’originalité de la démarche ? Personnifier Lucy. C’est effectivement l’ouragan qui s’exprime, qui gronde, qui s’auto-proclame prétentieusement despote. Une humanisation, parfois un peu trop appuyée, qui permet néanmoins de construire un passionnant trait d’union entre le visible et l’invisible. L’œil du cyclone a rarement été aussi saisissant.  

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