Patrick Timsit : "Je ne suis pas affreux, sale et méchant"

Patrick Timsit : "Je ne suis pas affreux, sale et méchant"

CINÉMA
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INTERVIEW – Il est l'un des plus fervents défenseurs du politiquement incorrect. Quelques semaines avant de reprendre son one man show à Paris, Patrick Timsit évoque le statut d'humoriste dans un contexte particulièrement agité.

Votre dernier spectacle s'intitule "On ne peut pas rire de tout". En avez-vous eu assez qu'on vous pose toujours la question ?
C'était vraiment le départ. En pleine écriture du spectacle, je me suis rappelé combien les journalistes aimaient me poser cette question. C'était bien de le faire en affirmation négative, c'était prétexte à un fil conducteur qui permettait d’égrainer tous les sujets. C'est vrai que c'était aussi une question d'actualité, ça fait plusieurs années que c'est très chaud en termes d'interdiction de spectacle, avec Dieudonné. Ça donnait vraiment envie de gratter.

Comment apporter quelque chose de nouveau ?
J'arrêterai avant de faire le spectacle de trop, j'ai toujours peur de n'avoir plus rien à dire. Je me demande toujours avant d'écrire s'il y aura toujours des gens pour venir l'écouter, si le spectacle va correspondre à nos ambitions. A part la Bible, je ne vois pas ce qu'on pourrait faire d'original. C'est dans l'axe et dans le décalage qu'on peut innover. Ce fil conducteur n'était pas une façon de maquiller un manque d'inspiration. Il n'y a aucune obligation à faire ce spectacle, c'est un espace de liberté dont je me saisis. Mais tout ce que je veux, c'est arrêter avant de devenir pathétique.

On a la sensation que vous avez calmé le jeu avec ce nouveau spectacle...
Pour moi, on ne peut pas sortir un spectacle du contexte. Il a démarré à Paris en janvier au moment des attentats, mais il avait été joué 4 mois avant, et j'avais lu que c'était le plus féroce. Quatre semaines, on redisait la même chose. De mon côté, je ressentais dans la salle une attente étrange, comme si quelques journalistes fantasmaient sur une réponse aux djihadistes. Certains se sont précipités pour venir me voir pour la première fois, parce que c'est un peu à la mode. C'est l'actualité qui a rejoint mon spectacle, et pas l'inverse. Le titre n'a pas été inventé dans la nuit.

"Je ne veux pas céder à la censure"

Ne trouvez-vous pas regrettable qu'on vous juge uniquement sur la férocité du texte ?
Je ne juge pas quelqu'un qui me juge, car il est forcément dans l'erreur. Il n'y a pas un seul avis qui existe. Je ne me plains pas quand on me dit que je suis génial et que ce n'est pas vrai. C'est pareil si on me dit que je fais de la merde. Je lis toutes les critiques, même les plus mauvaises. Certaines m'ont d'ailleurs plus fait réagir positivement que quand on me décrit comme quelqu'un d'affreux, sale et méchant. Je ne me reconnais pas dans cette formule. Je peux trouver de l'amour dans une critique assassine.

Avez-vous reçu des menaces en tant qu'humoriste depuis janvier ?
Non. Je crois qu'il ne faut pas exploiter cet élan de solidarité démontré, certes parfois débordant. Et je ne veux pas non plus céder à la censure. J'ai toujours fait attention, mais je ne veux pas me priver d'éléments qui auraient toute leur place. Il faut être drôle, mais avec une simplicité dans la forme. Je veux que ça me représente, que ce soit ma vérité. Je crois que pour faire rire, il faut être grave, sérieux et dur.

Quel regard portez-vous sur cette jeune génération d'humoristes qui viennent du Web, comme Norman ?
Je m'entends mieux avec cette génération qu'avec la mienne. Ils se posent moins de questions que mes confrères à leurs débuts. Pour les uns, j'étais un comédien, pour les autres j'étais un chansonnier, alors qu'aujourd'hui je suis apaisé et heureux. Ils ont inventé leur propre style, ça ne peut provoquer chez moi que de l'admiration.

"On ne peut pas rire de tout", à partir du 15 septembre au Théâtre de la Gaité Montparnasse, 26 rue de la Gaité, XIVe. 21 heures, à partir de 35 euros.

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