Pourquoi il faut aller voir "Get Out", le film d'horreur qui a cartonné aux Etats-Unis, qui sort ce mercredi

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CRITIQUE - Dans "Get Out", un jeune Afro-américain découvre la résidence secondaire de la famille de sa petite amie blanche. On vous dit pourquoi ce film d'horreur, en salles ce mercredi, risque bien de vous mettre sens dessus dessous.

A la sortie d'un film, il y a des états physiques et mentaux qui ne trompent pas sur la qualité de ce qu'on vient de voir : l'envie d'en discuter tout de suite, de parler des meilleures scènes, de vérifier auprès des amis qu'on n'est pas le seul à avoir flippé et/ou à avoir ri. C'est le cas de Get Out qui provoque l'unanimité depuis sa sortie aux Etats-Unis, déclenchant des critiques dithyrambiques, a fortiori sur l'exigeant site Rotten Tomatoes où le long métrage a obtenu une moyenne de 99% de critiques positives - chose rarissime. 


La question que vous vous posez, légitimement : de quoi parle ce Get Out? D'un déréglement, celui d'un moment où tout bascule, où rien ne se passe comme prévu. Car tout était prévu pour que le week-end de Chris (Daniel Kaluuy, vu dans les séries Skins et Black Mirror, prochainement à l’affiche de l’adaptation du superhéros noir Black Panther) soit tranquille. Ce jeune Afro-américain part avec sa nouvelle petite amie blanche, Rose (Allison Williams, visage connu de la série Girls), chez les parents de celle-ci, dans leur luxueuse résidence située dans la campagne. 

Rapidement, Chris sent que quelque chose ne tourne pas rond dans ce beau domaine des Armitage : ses presque-beaux parents (Bradley Whitford et Catherine Keener) se montrent trop gentils - l’antiracisme pro-Obama du patriarche est même franchement lourd -, le frère décadent de Rose (Caleb Landry Jones) ferait bien d’aller voir un psy – et pas forcément le divan de sa freudienne de mère, pratiquant l’hypnose au quotidien -, les "domestiques" souriants ont quelque chose d’artificiel, la petite fête organisée dans les lieux a des airs de congrès bavarois des années 30, etc. 


Lors de cette petite sauterie, Chris croit reconnaître un garçon qui avait disparu sans donner signe de vie et qui, désormais, sert de toyboy très obséquieux à une effrayante cougar. De loin, la bâtisse aux nombreux trophées de chasse ressemble de plus en plus à une prison – au sens mental comme au sens physique… Hallucination ou paranoïa? On hésite, comme lui, pendant longtemps...

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"Get Out" extrait

C’est sur le principe de "l'invraisemblable vérité", si cher à la série La Quatrième Dimension, que repose ce long métrage en passe de devenir un standard pour les années à venir, ayant pleinement compris que l’effroi pouvait naitre du bluff, et inversement. 


Au lieu de faire une thèse de son sujet sur le racisme (même s'il y a une résonance assez puissante dans l'Amérique de Donald Trump), Jordan Peele préfère s’en amuser sans la moindre prétention – il est moins cinéaste surdoué que brillant narrateur manipulateur. Ainsi, au moment où l’on pense avoir affaire à un simple film d’horreur, ça devient une farce, puis inversement. Et la surprise, le clou du spectacle qui fait froid dans le dos, est ainsi habilement entretenue jusqu’au bout. William Friedkin, réalisateur de L'exorciste, ne s'en est d'ailleurs pas remis...

Au final, en dépit de quelques anicroches (un personnage fonctionnel de "meilleur pote", uniquement créé pour "détendre l'atmosphère" et créer "un contrepoint rassurant" à l'atmosphère par trop pesante), Get Out de Jordan Peele sort habilement du cadre strict du genre, provoquant un dérèglement salutaire de sa petite structure en apparence téléphonée par une bonne dose de monstruosité. 


Une réussite notable, d'autant plus inattendue qu'elle est redevable à un membre du duo comique Key and Peele, à savoir Jordan Peele. Sous influence de La nuit des morts vivants de George A. Romero, il a bénéficié du soutien du producteur Jason Blum, à qui l'on doit Paranormal Activity et les derniers M. Night Shyamalan (The Visit, Split), pour jouer avec notre attente, pour rire de toutes ces images sourdes qui bruissent dans les cachots du film, comme autant d'histoires horriblement drôles qu'on se raconte la nuit, et nous entraîner dans les méandres de son récit avec une déconcertante habileté. 

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