Pourquoi Matt Damon, génial dans "Downsizing", va encore vous surprendre

CINÉMA
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PORTRAIT - Dans "Downsizing", Matt Damon prouve à ceux qui en doutaient qu’il est capable de jouer autre chose que les sempiternels Jason Bourne de service. C’est l’une des nombreuses surprises de ce film de science-fiction, en salles le 10 janvier.

Magnifiquement déboussolé. C’est ainsi que l’on nous dévoile Matt Damon, héros ordinaire de Downsizing (en salles le 10 janvier), film inclassable réalisé par Alexander Payne au fort goût de satire et de fin du monde. La star y joue un homme qui, grâce à une invention scientifique inédite et ce pour lutter contre la surpopulation, voit sa taille d’adulte lambda réduite à 12 cm. On vous laisse imaginer les conséquences d’une pareille décision.

Matt Damon, Jason Bourne moyennisé

Aussi, devant ce Downsizing, qui a comme première qualité d’être à la fois bizarroïde et accessible, il n’est pas interdit de penser à un long épisode de la fameuse série Black Mirror comme de s’évoquer la fantaisie d’un Michel Gondry – l’ombre tutélaire d'Eternal sunshine of the spotless mind plane ostensiblement. On pense aussi et surtout à l’Amérique qui va mal… Pas la peine d’être un Bogdanoff pour arguer que cette expérience physique et méta du rapetissement relève bien de l’insolite, d’un prétexte pour parler de l’état morose de l’Américain moyen au bout de son rouleau existentiel, prêt à tout pour s’extraire du réel.


C’est d’ailleurs là que réside toute la beauté de Downsizing : raconter comment le héros, cet Américain moyen assoupi, abruti par la routine de son quotidien et, on l’imagine, par les convulsions actuelles de son propre pays, voit soudain sa vie bouleversée. Comment il va, au moment où il s’y attendait le moins, tomber amoureux. Et comment il va devenir, enfin, quelqu’un. Pour incarner cet endormi qui rêve d’une vie meilleure, il fallait une star. Habitué à donner des contre-emplois aux stars qu’ils dirigent (Jack Nicholson dans Monsieur Schmidt en 2002, George Clooney dans The Descendants en 2011…), Alexander Payne a eu la bonne idée de ne pas confier ce rôle-là à Tom Hanks, acteur que l’on sait si doué pour camper l’Américain moyen un peu mou et gentil. Non, il en fallait un autre. Il fallait un Matt Damon, vedette planétaire bien revenue des Jason Bourne pour nous rejoindre sur le plancher des vaches. C’est-à-dire pour jouer des "vous-et-moi".

La première fois que l’on a aperçu Matt Damon sur grand écran, c'était en 1988, dans la sympathiquement oubliable comédie Mystic Pizza dans laquelle on avait d’yeux que pour une autre star, la jeune Julia Roberts, bien avant Pretty Woman. Pour Matt Damon, il faudra attendre le mitan des années 90 pour exploser. On le verra alors tout blond tout purpurin sur grand écran et on prendra la mesure de sa finesse d’observation dans Will Hunting de Gus Van Sant, qu’il a co-écrit avec son grand ami de Boston, un certain Ben Affleck, et dans lequel il joue le rôle principal du surdoué socialement inadapté cueilli par l’amour. Un coup d’œil à la filmographie de Matt et l’on réalise à quel point, la décennie suivante, on l’a essentiellement vu dans les super-productions testostéronées de la saga Jason Bourne (La Mémoire dans la peau en 2002, La mort dans la peau en 2007 et La Vengeance dans la peau en 2009). Et quand il ne distribuait pas des coups de tatanne, on le voyait dans la série, glamour à mort, des Ocean’s, posant aux côtés de ses autres amis du boy’s band, Brad Pitt et George Clooney. Faut-il pour autant réduire Matt Damon à ces grosses machines hollywoodiennes ? Erreur fatale.

Matt Damon, tout petit, en grande forme

Le cas Matt Damon est plus complexe qu’il n’y paraît. En premier lieu, c’est aussi et surtout ce fameux soldat Ryan qu’il faut sauver chez Steven Spielberg en 1998. Ce dernier survivant d’une fratrie décimée au combat que l’état-major s’emploie à ramener vivant chez l’Oncle Sam. Le visage de Matt Damon prend tout l’écran dans ce grand film de guerre, tripal et essentiel. Dix ans plus tard, dans Invictus de Clint Eastwood, Matt Damon interprète le brillant capitaine d’une équipe de rugby d’Afrique du Sud qui, encouragée par Nelson Mandela, a remporté la Coupe du monde en 1995. Dans Elysium (2013), le héros qu’il joue tente d'instaurer l'égalité entre les riches et les pauvres dans un monde en proie au chaos. Mieux encore, dans Seul sur Mars (2015), il se révèle le premier homme à poser le pied sur Mars. Vous l’aurez compris, Matt Damon s’est imposé, avec un mélange de roublardise et de candeur, comme une incarnation du héros américain et ce pendant deux décennies de cinéma. 


Certains ont bien sûr ironisé sur cette fadeur de gendre idéal et cette volonté de séduire à tout prix - dessein dernièrement quelque peu entaché par la polémique concernant le "white washing" pour La Grande Muraille (Zhang Yimou, 2016) et les déclarations faites suite à l’affaire Weinstein, où lui est reproché son silence au temps de la gloire du producteur déchu, dont il était un proche. Mais des goûts cinéphiliques pointus (Béla Tarr, l’un de ses cinéastes favoris), des choix audacieux comme comédien à l’instar de Ma vie avec Liberace de Steven Soderbergh ou encore des prises de risque comme celle de soutenir Manchester By The Sea soutiennent que Matt Damon vaut mieux que cette apparente insipidité. De toute évidence, il a quelque chose de peu fréquent dans le paysage Hollywoodien en 2017-2018: il veut surprendre, à l’abri des codes et des formatages. Bonne nouvelle: dans Downsizing, qui ne répond à aucune norme. C’est tant mieux, il nous surprend. Pour le meilleur.    

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