"Premier Contact" : Denis Villeneuve à la conquête de Hollywood

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PORTRAIT. Alors que son nouveau long métrage "Premier Contact", film de science-fiction redoutablement retors, sort en salles ce mercredi, Denis Villeneuve, réalisateur de "Incendies" et "Prisoners", prochainement en charge de "Blade Runner 2048", s'impose en force dans le paysage Hollywoodien. Son parcours est à l'image de ses films: surprenants.

De la même façon que le réalisateur Christopher Nolan (Batman Begins, Inception, Interstellar) dont il suit le chemin, Denis Villeneuve a commencé en oeuvrant dans le cinéma indépendant avec des films d'auteur stimulants comme son tout premier long métrage Un 32 août sur Terre. Interviewé par nos soins, Denis Villeneuve raconte : "A l'époque, j'étais dans la nécessité d'établir le contact avec la réalité et avec les autres. Honnêtement, je pensais que j'allais passer ma vie à contempler un plafond pour le reste de mes jours." Pour subvenir en tant que cinéaste, il a fait un détour par la publicité mais n'en a pas gardé un immense souvenir : "C'est un monde avec lequel j'ai de grandes difficultés de communication : je ne comprends pas les publicitaires, je me sens parmi eux comme un fumiste, un intrus, un imposteur.

"Incendies" et "Prisoners", deux révélations

Si ses premiers films n'étaient pas exempt de réelles qualités, Denis Villeneuve s’est fait remarquer grâce à deux films : Incendies, qui a connu un vrai succès d'estime et prouvé que Villeneuve, sur les traces d'un certain Atom Egoyan, savait gérer l'intime comme le spectaculaire, et Prisoners, première incursion à Hollywood du réalisateur canadien qui avec son casting en or, son suspense haletant et son invraisemblable vérité, marquait les esprits du spectateur. Denis Villeneuve avait les coudées franches, échappant aux nombreux examens de passage devant des comités et des producteurs soucieux de couper dans le tas, d'arrondir les angles ou de faire un divertissement consensuel pour préserver la morale sauve. 

Avant de céder au spectaculaire inhérent au whodunit ("qui a fait ça?"), Villeneuve privilégiait dans Prisoners le drame humain en prenant le temps de détailler les doutes, les angoisses, les motivations et les comportements de chaque personnage, sans exception. C'était une véritable aubaine pour les comédiens de défendre des rôles aussi complexes : Jake Gyllenhaal, Hugh Jackman, Maria Bello, Viola Davis, Terrence Howard, Melissa Leo ou encore Paul Dano. 

Par la suite, Denis Villeneuve a réalisé le très étrange Enemy avec, une fois encore, Jake Gyllenhaal, son double, des femmes fatales (Sarah Gadon, Mélanie Laurent, Isabella Rossellini) et des araignées flippantes. Un film difficile à résumer, difficile à vendre et délicieux à regarder. Comme toujours avec ce genre de films qui réservent des surprises (Sixième Sens, Fight Club etc.), mieux vaut ne rien savoir. Enemy et Prisoners, comme des doubles, ont été tournés quasiment au même moment. Et trouble coïncidence : d'un film à l'autre, Gyllenhaal se dédouble. 

L'enquête de Prisoners en forme de rébus autour de mystérieuses disparitions d'enfants permettait à Gyllenhaal de retrouver une ambiance polardeuse dans laquelle il avait déjà plongé pour Zodiac de David Fincher. De l'aveu de Villeneuve, Enemy rappelait, encore une fois à cause de Jake Gyllenhaal, un autre film : Donnie Darko, ce film magique de Richard Kelly où l'acteur star se révélait en adolescent névrosé traumatisé, la nuit, par la présence d'un lapin géant et effrayé par la fin du monde. 

Sicario est une œuvre très moderne sur la société actuelle et sur la manière qu'a le monde occidental de gérer ses problèmes. C'est un film sur l'Amérique. C'est le plus ambitieux en terme de portée, mais c'est aussi le film le plus accessible de ma carrièreDenis Villeneuve

Les films de Denis Villeneuve ont beau être extrêmement différents les uns des autres, ils n'en restent pas moins soutenus par la même idée d'une pression du monde extérieur sur des personnages en apparence banals et on retrouve évidemment cette notion dans son nouveau long métrage, Premier Contact : "Le rapport à l'espace est, chez moi, aliéné par ce sentiment abyssal d'être étranger partout où je suis, de ne pas avoir de racines." 


Le scénario de Sicario, le film réalisé après les deux Jake Gyllenhaal movies et présenté en compétition au Festival de Cannes, semblait taillé pour lui : "Mon agent m'a envoyé le scénario de Sicario et j'en suis littéralement tombé amoureux. Cela faisait plusieurs années que je m'intéressais à la région entre le Mexique et les États-Unis. (...) C'est une œuvre très moderne sur la société actuelle et sur la manière qu'a le monde occidental de gérer ses problèmes. C'est un film sur l'Amérique. C'est le plus ambitieux en terme de portée, mais c'est aussi le film le plus accessible de ma carrière." 

Après "Premier Contact", il réalise "Blade Runner 2049"

Et l'avenir dans tout ça? Denis Villeneuve a été choisi par la Warner pour réaliser Blade Runner 2049, suite du monument de Ridley Scott dans lequel joueront Harrison Ford et Ryan Gosling, et qui sortira en 2017. "Depuis des années, lorsqu'on me demande quel genre de film j'aimerais faire, je réponds toujours que je rêve de faire de la science fiction. C'est un souhait que j'ai depuis longtemps. Maintenant que j'ai l'opportunité de le faire, pas question de passer à côté. [...] Je suis prêt à me frotter à Blade Runner, car c'est l'un de mes films préférés de tous les temps. Ce film est même quasiment une religion pour moi". 


En attendant, on peut découvrir Premier Contact, en salles ce mercredi, un film de science-fiction haletant et métaphysique porté par l'actrice Amy Adams.

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